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Darka Président

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3,00 

Découvrez l’envers du décor …

Description

Sommaire

  • CHAPITRE 1 — NUMÉRO 1
  • CHAPITRE 2 — TENNIS
  • CHAPITRE 3 — HASHTAG
  • CHAPITRE 4 — PAUL
  • CHAPITRE 5 — ANTOINE
  • CHAPITRE 6 — BADGIRL
  • CHAPITRE 7 — DOSSIER 1
  • CHAPITRE 8 — LA NUIT
  • CHAPITRE 9 — LIVRE NOIR
  • CHAPITRE 10 — LA PROPOSITION
  • CHAPITRE 11 — SERVI AILLEURS
  • CHAPITRE 12 — CONTRE-FEU
  • CHAPITRE 13 — PRISE D’OTAGE
  • CHAPITRE 14 — L’HOMME AU COSTUME GRIS
  • CHAPITRE 15 — LE PRIX DU OUI
  • CHAPITRE 16 — LA PLANQUE
  • CHAPITRE 17 — LA PREUVE
  • CHAPITRE 18 — LA FAILLE
  • CHAPITRE 19 — LE SAS
  • CHAPITRE 20 — LE OUI FANTÔME
  • CHAPITRE 21 — L’ANNONCE QUI TUE
  • CHAPITRE 22 — LA MAIN
  • CHAPITRE 23 — LA BOMBE RÉELLE
  • CHAPITRE 24 — LE VERNISSAGE DES LOUPS
  • CHAPITRE 25 — LE NOM
  • CHAPITRE 26 — L’ACCIDENT
  • CHAPITRE 27 — LA FRANCE COMME BOUCLIER
  • CHAPITRE 28 — LA VIDÉO
  • CHAPITRE 29 — LE FRAGMENT SUIVANT
  • CHAPITRE 30 — L’ÉBLOUISSEMENT
  • CHAPITRE 31 — LA CHAÎNE DE VALIDATION
  • CHAPITRE 32 — LE MIROIR
  • CHAPITRE 33 — LE PROCÈS-VERBAL
  • CHAPITRE 34 — L’ADRESSE
  • CHAPITRE 35 — HORS ANTENNE
  • CHAPITRE 36 — LE VERDICT

    Résumé

    CHAPITRE 1 — NUMÉRO 1

    À M-12, Cédric ne doute de rien.

    Ce n’est pas exactement vrai. Mais il a appris à vivre avec un mensonge utile : le doute existe, seulement il n’a pas le droit d’avoir un visage. Il reste derrière, il se met au fond comme un technicien, il ne prend jamais la lumière. La lumière, elle, appartient au personnage. Et le personnage, ce soir-là, est un royaume.

    Le studio V6 a un bruit de ventre. Un bourdonnement constant, câbles qui chauffent, talons qui claquent, voix dans les talkies, rires trop hauts, jurons étouffés. Une usine à faire croire. Une usine à fabriquer du présent.

    Dans une loge au bout d’un couloir, Cédric se laisse faire par une maquilleuse qui parle trop vite et trop fort, comme si son propre stress devait couvrir celui des autres.

    — Tu dors pas, hein… Je le vois à ton œil.

    Il sourit, poli.

    — Je dors quand la France dort.

    Elle rit, flattée. Les gens aiment croire qu’ils participent au mythe, même une seconde.

    Paul est là, assis sur une chaise qui n’est pas faite pour durer. Costume sombre, pas de cravate. Il ne regarde pas le miroir, il regarde les reflets : la porte, le couloir, la silhouette qui passe, le badge mal accroché, la main qui tient un téléphone trop haut.

    Paul n’a pas un visage de garde du corps, il a un visage de quotidien. C’est pour ça que personne ne se méfie. C’est pour ça qu’il voit tout.

    — Ils ont ajouté deux rangées de public, dit Paul, sans lever les yeux de son téléphone. La prod a vendu ça comme un “cadeau”.

    Cédric hausse les épaules.

    — Ils veulent de la chaleur.

    — Ils veulent de la chaleur et ils veulent que tu te sentes invincible, répond Paul. C’est pas pareil.

    La maquilleuse se retire, contente de sa couche de vérité artificielle. Cédric se lève, lisse sa veste. Dans le miroir, il a l’air de quelqu’un qu’on écoute. C’est la seule chose qui compte.

    Un assistant passe la tête.

    — Cédric, on est à quinze minutes. La régie demande si tu veux modifier le sommaire. Et… Dorval est en train de faire un AVC sur ses courbes.

    — Dis à Dorval que s’il fait un AVC, je le remplace par un stagiaire, dit Cédric. Et dis à la régie que je ne modifie rien : je fais ce que je veux.

    L’assistant rit jaune et disparaît.

    Paul soupire.

    — Un jour, ça te coûtera.

    Cédric récupère son téléphone. Il y a des notifications, des messages, des invitations, des demandes, des gens qui veulent “deux minutes”. Le pouvoir, c’est surtout une file d’attente.

    Il y a aussi, en haut, une bannière d’alerte qui n’est pas de son monde : “Sécurité — Niveau 2 : surveillance accrue”.

    Paul voit son regard.

    — Lévy a demandé le niveau 2 depuis hier. Rien de dramatique, juste… des signaux.

    — Quels signaux ?

    Paul hésite. Il choisit un mensonge confortable.

    — Des messages. Du bruit. Des types qui s’intéressent à ton planning.

    Cédric le fixe.

    — Et tu me dis ça maintenant ?

    — Je te le dis quand tu peux l’entendre.

    — Je peux toujours l’entendre, Paul.

    Paul baisse la voix.

    — Non. Quand t’es dans le rôle, tu peux tout entendre, mais tu n’entends rien.

    Cédric ne répond pas. Il ajuste sa montre, comme si l’heure avait une importance. En vérité, l’heure ne compte pas. Ce qui compte, c’est le direct. Le direct est un dieu jaloux : il exige tout.

    Ils sortent de la loge. Couloir. Câbles. Odeur de café recuit. Et cette sensation, juste avant de rentrer sur un plateau, que le monde réel devient flou. Cédric a toujours aimé ça : l’instant où il quitte la vie pour entrer dans la légende.

    Au coin du couloir, le capitaine Lévy attend. Immobile, carré, regard sans chaleur.

    À côté de lui, Sandra Vigne. Elle semble s’ennuyer, ce qui est une compétence. Une femme qui s’ennuie au bon endroit est une femme qui contrôle.

    — On a deux nouveaux points à vérifier, dit Lévy, sans saluer. Sortie A et sortie B. A sera pour le leurre. B pour vous.

    — On n’est pas des ministres, Lévy, répond Cédric. On n’a pas besoin de leurre.

    Lévy le regarde comme on regarde un enfant talentueux qui joue avec un couteau.

    — Justement. Les ministres ont des procédures. Vous, vous avez des habitudes.

    Cédric sourit.

    — Et mes habitudes font de l’audience.

    Sandra intervient, calme :

    — Vos habitudes font aussi des trajectoires prévisibles.

    Paul capte la phrase comme on capte un avertissement.

    — On sortira par B, dit-il.

    Cédric lève les mains, fausse reddition.

    — D’accord, chef.

    Ils avancent.

    Dans l’ombre de la régie, Dorval est déjà en transes. Il porte un casque, deux écrans, trois graphes, et cette obsession qui l’a rendu indispensable : il voit le public comme un organisme vivant.

    — Cédric ! siffle Dorval en apercevant sa silhouette. On est au-dessus d’hier. Au-dessus de lundi, au-dessus de la semaine. C’est… c’est indécent.

    — La France aime l’indécence, dit Cédric.

    Hugo Klein surgit derrière Dorval avec un dossier dans les mains, l’air d’un homme qui porte des procès.

    — Je te rappelle qu’on reçoit un ministre ce soir. Je te rappelle que le ministre a une équipe juridique. Je te rappelle que—

    — Hugo, souffle Dorval, laisse-le respirer. Il est meilleur quand il est dangereux.

    — Et il est mort quand il est trop dangereux, répond Hugo.

    Cédric sourit à Hugo, presque tendre.

    — Hugo, tu sais pourquoi je t’aime ? Parce que tu penses à demain. Moi, je pense à ce soir.

    Hugo serre les mâchoires.

    — C’est exactement ce qui me fait peur.

    À l’entrée du plateau, la Table des 8 attend comme une armée en costume.

    Lina Varko, dossiers alignés, regard tranchant. Elle ne s’agite jamais. Elle coupe.

    Rémi Santos, sourire large, énergie rapide, doigts qui tapent. Il a l’air d’un homme qui tient debout parce qu’il ne s’arrête jamais.

    Nora El Hassani, élégante, calme, regard profond. Elle sait que la foule aime quand on la caresse et quand on la frappe. Elle a juste peur qu’on la frappe trop.

    Samir Bensalah, micro à la main, déjà prêt à sortir du plateau comme on sort d’un métro : vite, instinctif.

    Clémence Roy, légèrement en retrait, yeux de psy. Elle voit les angles morts et les blessures.

    Toto Marchese, sourire de nuit, téléphone dans la poche, capable de parler d’un budget et d’une soirée VIP avec le même ton.

    Et Dorval, en arrière, qui n’est pas chroniqueur mais qui est partout : c’est lui qui met la caméra là où ça fait mal.

    Cédric les salue d’un geste.

    — Ce soir, on fait simple, dit-il. On prend un ministre. On le secoue. Et on le rend au pays.

    Rémi rit trop fort.

    — On va lui rendre en morceaux, ou en entier ?

    — En direct, répond Cédric. C’est plus honnête.

    Nora le regarde, un peu inquiète.

    — Tu veux quoi, exactement, ce soir ?

    Cédric la fixe deux secondes. Il pourrait répondre “de l’audience”. Ce serait vrai. Mais il y a autre chose qui le démange depuis des mois : cette sensation que les puissants jouent avec des miettes, qu’ils se repaissent, qu’ils s’indignent en costume, et que tout le monde fait semblant de ne pas voir.

    — Je veux qu’il se souvienne qu’il parle à des gens, dit-il. Pas à une carrière.

    Lina intervient, sèche :

    — J’ai des chiffres. Et j’ai des notes de frais.

    Hugo, derrière, marmonne.

    — Elle va nous tuer.

    Dorval sourit.

    — Non. Elle va les tuer.

    La musique du générique se lance. La lumière change. On n’est plus dans un studio, on est dans un tribunal avec applaudissements.

    La présentatrice annonce :

    — Bonsoir la France, bienvenue dans Darka ! L’émission la plus regardée du pays ! Et tout de suite… CÉDRIC !

    Le public se lève d’un coup. Même les gens qui le détestent participent. C’est ça, son pouvoir : l’adhésion par la haine.

    Cédric entre. Sourire. Main levée. Deux pas calculés. Un regard caméra. Il s’assoit au centre.

    Le silence tombe, comme si quelqu’un l’avait commandé.

    — Bonsoir la France.

    — BONSOIR CÉDRIC !

    Il savoure une seconde, pas par vanité, par rituel. On écoute mieux quand on a envie.

    — Vous êtes beaux, dit-il. Vous êtes chauds. Vous êtes… dangereux.

    Rires, applaudissements.

    — Ce soir, on reçoit quelqu’un qui adore nous expliquer la vie. Un ministre. Un vrai. Un qui parle bien. Un qui mange bien. Un qui s’indigne bien.

    Il se tourne vers l’invité.

    — Monsieur le Ministre, bonsoir.

    Le ministre — appelons-le Delaunay — sourit avec la maîtrise froide des gens qui savent tenir un plateau sans y vivre. Costume impeccable, diction impeccable, morale impeccable. L’impeccable est toujours suspect.

    — Bonsoir, Cédric. Bonsoir à tous.

    Cédric attaque le sommaire sans perdre une seconde : actualité, “Dossier”, terrain, et “La Nuit” de Toto. Le ministre écoute, déjà agacé d’être un segment comme un autre.

    Cédric le sent. Cédric adore ça.

    — Monsieur le Ministre, dit Cédric, vous avez déclaré la semaine dernière que “les Français doivent se serrer la ceinture”.

    Delaunay hoche la tête.

    — Oui, parce que le contexte—

    — Non, non, coupe Cédric. Pas de roman. Vous l’avez dit ?

    — Je l’ai dit.

    — Très bien. Vous, vous vous serrez la ceinture comment ? Vous renoncez à quoi ? Chauffeur ? Dîners ? Avion ? Notes de frais ?

    Le public rit. Delaunay sourit encore, mais on voit sa nuque se raidir.

    — C’est démagogique.

    Cédric penche la tête, presque attendri.

    — Ce qui est démagogique, c’est de demander à une mère de famille de compter ses pâtes pendant que vous comptez vos invitations.

    Le ministre redresse le menton.

    — Vous simplifiez des sujets complexes.

    — Complexe ? répète Cédric. Vous savez ce qui est complexe ? Finir le mois. Le reste, c’est du théâtre.

    Il laisse le silence travailler. À l’écran, ça devient une gifle propre.

    Nora intervient, essayant de garder une ligne :

    — Il y a quand même des réformes, des choix…

    Cédric la coupe doucement, pas brutalement, comme on coupe une musique.

    — Nora, je sais. Mais moi je parle d’un truc simple : la décence.

    Lina, elle, glisse une feuille vers Cédric. Pas un dossier épais. Une page. Parce qu’une page suffit quand elle est vraie.

    Cédric lit, puis relève les yeux.

    — Monsieur le Ministre, vous avez fait rembourser un dîner à mille deux cents euros.

    Delaunay se fige une fraction de seconde. Juste assez.

    — Dans le cadre de—

    — Dans le cadre de quoi ? demande Cédric. Dans le cadre de votre faim ?

    Le public explose. Delaunay perd sa respiration une demi-seconde. Il essaie de reprendre.

    — Ces frais sont contrôlés. Ils sont justifiés—

    Lina prend la parole, nette :

    — Ils sont surtout réguliers.

    Cédric s’appuie sur cette phrase comme sur une marche.

    — Vous comprenez pourquoi les gens vous détestent ? demande-t-il. Parce que vous ne vous rendez même plus compte.

    Delaunay tente une attaque.

    — Votre émission nourrit la colère. Vous êtes responsable de la division.

    Cédric sourit.

    — La colère, c’est vous qui l’avez fabriquée. Nous, on la filme. Et la division, Monsieur le Ministre… c’est vous qui vivez d’un côté de la ligne. Nous, on vit de l’autre.

    Samir se penche, instinctif.

    — Sur le terrain, les gens disent exactement ça. Ils disent : “Ils vivent ailleurs.”

    Le ministre se tourne vers Samir, condescendant.

    — Je comprends les difficultés, mais—

    Rémi éclate, impulsif :

    — Tu comprends rien, frère, t’as même pas pris un RER de ta vie.

    Rires. Applaudissements. Dorval jubile en régie : la séquence est parfaite. Trop parfaite.

    Hugo, à l’oreille de Dorval :

    — On est en train de franchir des lignes.

    Dorval répond, sans détourner les yeux de l’écran :

    — C’est pour ça qu’ils regardent.

    Pendant que l’émission brûle, la sécurité travaille.

    Lévy murmure à Paul :

    — Deux rangées, troisième rang, bonnet noir. Fixation. Il regarde pas l’émission, il regarde Cédric.

    Paul ne bouge pas. Il capte le bonnet noir du coin de l’œil.

    Sandra se glisse dans l’allée sans que le public comprenne. Elle s’arrête derrière le bonnet noir, comme un hasard. Le bonnet noir se raidit. Il se retourne, croise son regard. Sandra n’a pas besoin de parler. Son regard dit : je te vois.

    Le bonnet noir baisse les yeux. Il n’applaudit plus.

    Retour plateau. Cédric continue de démonter Delaunay à la manière qui le rend dangereux : il ne crie pas. Il pose des questions simples. Et il laisse l’autre s’empêtrer dans ses justifications.

    — Vous savez ce que j’aime chez vous ? dit Cédric. Vous avez toujours raison, même quand vous avez tort.

    Delaunay tente une respiration.

    — Je suis ici pour rétablir des vérités.

    — Lesquelles ? demande Cédric. Que vous êtes honnête ? Que vous êtes courageux ? Que vous êtes proche des gens ?

    Il sourit, puis plante la lame.

    — Moi, je suis en direct. Je ne peux pas tricher. Vous, vous refaites vos discours jusqu’à ce qu’ils sonnent vrai. C’est la différence entre nous.

    Le public applaudit comme on applaudit une exécution. La France aime la violence quand elle est polie.

    La pub tombe.

    Dans les coulisses, le ministre marche vite, suivi de deux conseillers. Il ne hurle pas. Il n’en a pas besoin. Sa colère est froide, organisée. On sent qu’elle s’écrira plus tard.

    Cédric, lui, traverse vers le couloir technique. Paul le rattrape immédiatement.

    — Tu l’as massacré.

    — Il l’a demandé.

    Paul secoue la tête.

    — C’est pas ça. Lévy a repéré deux visages inconnus. Et quelqu’un a demandé ton planning tennis à l’accueil. Il a dit “interview sportive”.

    Cédric éclate d’un rire bref.

    — Interview sportive. C’est mignon.

    — Ça veut dire qu’ils cherchent tes routines.

    Cédric boit une gorgée d’eau, l’air de s’en foutre.

    — Qu’ils cherchent.

    Paul serre les dents.

    — Cédric, c’est pas un jeu.

    — Si. C’est un jeu. La différence, c’est que moi, je joue en direct.

    Une assistante arrive, pâle.

    — Lina veut te voir, en privé. Maintenant.

    Lina ne demande pas “en privé”. Lina apporte, elle tranche, elle repart. Si elle demande, c’est qu’il y a une lame sous la table.

    Ils entrent dans un petit bureau de production. Une table, un écran, une odeur de papier. Lina est debout. Elle a un téléphone sur la table.

    — C’est quoi ? demande Cédric.

    — Une chose qu’on ne doit pas avoir, répond Lina.

    Elle appuie sur lecture.

    Une voix, basse, calme, pas théâtrale. Une voix d’homme qui ne se croit pas obligé de menacer. Juste d’annoncer.

    “On ne répond pas à un animateur. On le fait taire.”

    Paul se fige dans l’encadrement. Cédric ne bouge pas. Il écoute sans cligner.

    Lina coupe l’audio.

    — Ça circule, dit-elle.

    — D’où ?

    — Samir a un contact. Le contact ne veut pas de nom. Il a juste dit : “ça circule dans des endroits où ça suffit à tuer une carrière.”

    Cédric sourit, mais le sourire est plus dur.

    — Et tu me montres ça pour quoi ?

    — Pour que tu comprennes que tu n’es pas juste une émission, Cédric.

    Paul approche, tendu :

    — On en parle à Lévy.

    Cédric lève la main, stop.

    — Pas maintenant.

    — Quoi “pas maintenant” ? souffle Paul. Tu viens d’entendre—

    — Une intention, coupe Lina. Pas une menace. Une intention.

    Cédric la regarde, presque amusé.

    — Lina, tu fais peur.

    — Je fais de la survie, répond-elle.

    Cédric s’approche du téléphone, le prend, le regarde comme on regarde une preuve.

    — Vous êtes en train de me dire que j’ai un ennemi invisible.

    — Non, corrige Lina. Je suis en train de te dire que tu as une catégorie d’ennemis. Et qu’ils n’ont pas de visages.

    Paul serre les poings.

    — Tu fais quoi, alors ?

    Cédric remet le téléphone sur la table.

    — Je fais mon travail. En direct.

    Paul veut parler, mais la régie appelle : retour à l’antenne dans vingt secondes.

    Cédric ajuste sa veste. Il redevient le roi. C’est presque instantané, et ça fait peur : la capacité à se transformer.

    Retour plateau.

    Le deuxième acte est plus léger : Samir sort un sujet terrain, Nora tente de remettre un peu de nuance, Rémi balance des punchlines. Toto raconte une séquence “nuit parisienne” sans trop entrer dans les détails — juste assez pour faire rire, pas assez pour déclencher un procès.

    Mais la température a changé. On le sent. On le voit à la façon dont le ministre Delaunay attend la fin. Il n’est plus là pour convaincre. Il est là pour poser une graine.

    Avant la conclusion, Delaunay lâche une phrase, presque inaudible, mais parfaitement calibrée.

    — Vous vous croyez intouchable, monsieur, dit-il. Mais personne ne l’est.

    Le public réagit à peine. Ce n’est pas spectaculaire. C’est pour ça que c’est dangereux.

    Cédric sourit.

    — C’est votre slogan de campagne ?

    Delaunay répond, sans sourire :

    — Non. C’est une réalité.

    Un bref silence. Même Rémi se tait. Même Nora détourne les yeux une seconde, comme si elle sentait que ce n’était plus du théâtre.

    Cédric, lui, ne recule pas.

    — Vous savez ce qui est beau avec le direct ? dit-il. C’est que tout le monde peut entendre vos menaces quand elles sont déguisées.

    Le ministre ouvre la bouche, mais Cédric enchaîne déjà la conclusion. Il ne lui laisse pas l’air.

    — Mes amis, on se retrouve demain. Même heure. Même direct. Même France. Et si ça dérange… c’est que c’était nécessaire.

    Musique. Applaudissements. Rideau.

    Dans l’ombre, la machine s’éteint lentement. Le public sort. Les techniciens rangent. La régie respire.

    Mais la vraie vie, elle, commence après.

    Paul est déjà en mouvement.

    — Sortie B, dit-il. Tout de suite.

    Lévy hoche la tête. Sandra passe devant. Ils prennent un couloir qui n’a pas de lumière, qui n’a pas de public, qui n’a pas de rires. Un couloir de service, un couloir d’homme traqué, même si personne ne le dit encore.

    Dans le parking sécurisé, la voiture attend. Deux autres véhicules sont prêts, pour noyer la trajectoire. Cédric monte derrière, s’affale, comme si son corps se souvenait qu’il est un corps.

    Paul monte à côté. Lévy derrière, ou dans une autre voiture. Sandra au volant.

    La voiture démarre.

    Pendant trente secondes, rien ne se dit. C’est le silence de ceux qui savent que parler, c’est donner une forme à la peur.

    Paul regarde son téléphone. Une notification. Numéro inconnu.

    Une phrase. Simple. Sans emoji, sans point d’exclamation. Une phrase qui ressemble à un ordre, pas à une menace.

    “Tu l’as fait parler. Maintenant, c’est nous qui allons te faire taire.”

    Paul n’a pas besoin de demander à qui ça s’adresse. Il montre l’écran à Lévy, dans la voiture suiveuse via un canal sécurisé. Lévy répond par un seul mot.

    — Reçu.

    Sandra ne détourne pas les yeux de la route.

    Cédric, lui, regarde le message comme on regarde une affiche dans le métro : sans surprise, sans panique. Puis il lève la tête, et son sourire revient.

    Un sourire trop calme.

    — Ils viennent enfin, murmure-t-il.

    Paul le fixe, et pour la première fois de la soirée, il a peur non pas des autres… mais de la façon dont Cédric accueille le danger.

    Parce qu’un homme qui sourit à une menace n’est pas forcément courageux.

    Parfois, il est juste déjà parti ailleurs.

    La voiture s’enfonce dans Paris. Les lumières glissent sur les vitres comme des couteaux.

    Et derrière, quelque part, quelqu’un a compris une chose : ce n’est plus seulement un animateur. C’est un problème.

    Un problème qu’on règle.

    Avis d’un expert en Intrigue & Mystère ⭐⭐⭐⭐⭐

    Darka Président est une immersion fascinante et glaciale dans le cynisme contemporain des plateaux de télévision. L’auteur maîtrise parfaitement la tension, utilisant le format du ‘direct’ comme une horloge narrative qui impose une pression constante au lecteur. Le personnage de Cédric est brillamment construit : il est à la fois l’agresseur et la proie, un miroir déformant de la société qui finit par se briser sous le poids de sa propre ambition. Le style est nerveux, cinématographique, avec des dialogues percutants qui rappellent les meilleures séries politiques modernes. Si le récit semble d’abord être une critique sociale, il bascule très vite dans un thriller paranoïaque d’une efficacité redoutable où chaque page resserre l’étau autour du protagoniste. Une lecture addictive qui interroge la moralité du spectacle et la fragilité du pouvoir. Note : 17/20. Conseil : Lisez ce livre d’une traite pour ne pas perdre l’intensité de la montée en tension narrative.

    Note : 17/20

    Conseil : Lisez ce livre d’une traite pour ne pas perdre l’intensité de la montée en tension narrative.

    Questions fréquentes

    Quel est le genre littéraire de ‘Darka Président’ ?
    Il s’agit d’un thriller politique et médiatique au rythme haletant, explorant la frontière ténue entre le spectacle télévisuel, le pouvoir et la violence réelle.
    Qui est le personnage principal ?
    Cédric, un animateur de télévision star, à la fois charismatique et provocateur, dont l’émission ‘Darka’ devient le centre d’une conspiration dangereuse.
    Quel rôle joue Paul dans l’histoire ?
    Paul est le garde du corps de Cédric. Plus qu’un simple protecteur, il est le témoin privilégié de la dérive de son client et le seul capable de percevoir les menaces invisibles.
    Quelle est la dynamique centrale du récit ?
    Le récit repose sur l’opposition entre la mise en scène du direct (le show) et la réalité froide des coulisses où se jouent des enjeux de vie ou de mort.
    À quel public ce livre s’adresse-t-il ?
    Ce livre s’adresse aux lecteurs amateurs de thrillers psychologiques, de satires médiatiques et d’intrigues sombres sur les coulisses du pouvoir.

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