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Dividende de Sang

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Le goudron des docks de la Joliette exhalait une vapeur âcre, un mélange de sel rance et d’hydrocarbures qui s’accrochait au fond de la gorge comme une promesse de suffocation. Élise descendit de la berline noire, chaque mouvement dicté par une économie de gestes apprise dans les conseils d’administ…

Description

Sommaire

  • Bilan d’ouverture
  • La loi du plus fort
  • Crypto-Linceul
  • L’odeur du métal
  • Actifs toxiques
  • Dissociation
  • Saisie conservatoire
  • Contrat de sang
  • L’Iode et l’Acier
  • Le Grand Livre
  • Négociation charnelle
  • Liquidation judiciaire
  • L’Angle mort
  • Extraction

    Résumé

    Le goudron des docks de la Joliette exhalait une vapeur âcre, un mélange de sel rance et d’hydrocarbures qui s’accrochait au fond de la gorge comme une promesse de suffocation. Élise descendit de la berline noire, chaque mouvement dicté par une économie de gestes apprise dans les conseils d’administration de la City. Ses escarpins griffaient le béton irrégulier avec une précision chirurgicale. Le mistral fouettait son visage, mais elle n’en enregistrait que la pression cinétique, une variable météo négligeable. Pour elle, Marseille n’était pas une ville, c’était une équation mal résolue, un empilement de créances douteuses et de passifs toxiques que son père avait laissé pourrir. Elle ajusta la ligne de son manteau en cachemire gris, une armure souple dont le prix aurait suffi à racheter la dignité de n’importe lequel des hommes postés devant le hangar n°14.

    L’air à l’intérieur était saturé d’une odeur familière : celle des archives poussiéreuses mêlée au fer oxydé. Le sang. Au centre de la pièce, sous l’éclat cru d’un projecteur de chantier qui grésillait comme un insecte agonisant, reposait le corps de son père.

    Élise s’approcha sans vaciller. Ses yeux d’un bleu d’azote parcoururent la dépouille. Jean-Pierre de la Roche n’était plus un patriarche, il était une anomalie structurelle. Une plaie béante barrait son cou, nette, indiquant une lame de haute qualité et une main qui ne connaissait pas l’hésitation. La flaque sous lui commençait à coaguler, prenant cette teinte de lie de vin qui jurait avec la blancheur immaculée de sa chemise en coton égyptien.

    — Le passif dépasse l’actif, murmura-t-elle, sa voix tombant dans le silence comme une pièce de monnaie au fond d’un puits.

    — C’est tout ce que ça t’inspire ? Un putain d’inventaire ?

    La voix de Viktor déchira l’ombre. Il était là, adossé à un conteneur, sa silhouette massive dégageant une chaleur brute que le métal environnant ne parvenait pas à absorber. Il s’avança, le pas lourd, celui d’un prédateur qui possède le sol par le simple droit de la violence. Son blouson de cuir usé sentait le tabac froid et la sueur, une agression olfactive qui heurta de plein fouet la neutralité parfumée d’Élise.

    Elle tourna lentement la tête vers lui. Son visage restait un masque de porcelaine froide, dépourvu de cette vulnérabilité que Viktor traquait chez elle depuis leur adolescence commune dans les couloirs de la villa familiale.

    — La mort est la forme ultime de la faillite, Viktor. Mon père a cessé de produire de la valeur au moment où son artère carotide a été sectionnée. Le reste n’est que de la logistique de déchets.

    Viktor s’arrêta à quelques centimètres d’elle. Elle percevait l’irradiation thermique de son corps, un contraste violent avec le froid du hangar. Il était le chaos, la force qui refuse de se plier aux colonnes de chiffres. Il plongea son regard dans le sien, cherchant une fêlure, un cil qui tremble, une dilatation de pupille. Rien.

    — Tu es revenue pour l’audit, pas pour l’enterrement, cracha-t-il avec un mépris qui masquait mal une fascination morbide. Tes mains sont trop propres pour Marseille, Élise. Elles vont finir par peler sous le sel.

    — Mes mains gèrent des flux de capitaux qui pourraient racheter ta vie et celle de tous les chiens de cette ville dix fois par jour, répliqua-t-elle d’une voix monocorde, dénuée d’arrogance mais lourde d’une certitude glaciale.

    Elle se détourna du corps pour faire face aux lieutenants qui émergeaient des coins sombres. Ils étaient six, des visages burinés par le soleil et la criminalité ordinaire, les mains crispées sur des armes ou enfoncées dans leurs poches. Ils voyaient en elle une proie, une intruse égarée dans un abattoir.

    Élise sortit sa tablette de son sac, l’écran jetant une lueur bleutée, presque spectrale, sur ses traits.

    — Messieurs, commença-t-elle, sa voix portant sans effort dans le volume caverneux. Vous pensez que le vide laissé par mon père est une invitation au partage. Vous vous trompez. Ce n’est pas un vide, c’est une restructuration.

    Un colosse nommé Marco, le cou barré par un tatouage de fil barbelé, ricana.

    — Et c’est la petite fille à son papa qui va nous expliquer comment on gère les docks ? Ton père nous devait trois mois de commissions sur les arrivages de Santos. On se servira sur la bête.

    Élise ne cilla pas. Elle fit glisser son index sur l’écran. Un clic sec retentit.

    — Marco Salva. Comptes offshore à la Loyal Bank de Maurice, sous le couvert de la société-écran ‘Azur Trading’. Solde actuel : deux millions quatre cent mille euros. À l’instant précis où je vous parle, ces fonds ont été gelés suite à un signalement pour soupçons de financement occulte que j’ai personnellement transmis.

    L’homme devint livide. Un murmure de panique électrisa le groupe. Élise continua, le ton de plus en plus clinique, égrenant les noms, les numéros de comptes, les failles fiscales de chacun. Elle ne les regardait pas comme des êtres humains, mais comme des variables qu’elle était en train d’effacer d’un système.

    — Vous ne possédez plus rien, conclut-elle. Ni votre argent, ni vos propriétés. J’ai racheté vos hypothèques via un fonds de pension basé à Singapour il y a quarante-huit heures. Vous n’avez plus de leviers. Vous n’avez que vos dettes. Et je suis votre seule créancière.

    Le silence qui suivit fut plus lourd que celui de la mort. C’était le silence de la soumission forcée par l’abstraction. Viktor laissa échapper un rire rauque, un son qui semblait lui écorcher la gorge. Il fit un pas vers elle, brisant son cercle de sécurité.

    — Tu les as castrés avec du code informatique, chuchota-t-il à son oreille. C’est propre. Mais tu oublies une chose, petite avocate. Le gel d’un compte ne protège pas d’une balle entre les deux yeux.

    Il posa sa main sur sa nuque. Le contact fut une décharge. Ses doigts étaient calleux, imprégnés de l’odeur du fer. Élise sentit une panique primitive remonter le long de sa colonne vertébrale, une émotion qu’elle s’efforçait de dissocier. Elle visualisa ses pare-feux mentaux, mais la pression de Viktor était physique, incontestable.

    — La violence est un investissement à rendement décroissant, Viktor, parvint-elle à dire, bien que son souffle soit légèrement plus court. Si je meurs, les clés de déchiffrement de vos fonds sont détruites. Vous mourrez tous dans la misère, traqués par vos propres créanciers. Je suis la seule garantie de votre survie financière.

    Viktor resserra sa prise, forçant Élise à lever le visage vers lui. Leurs souffles se mêlèrent. Elle pouvait voir les pores de sa peau, la cicatrice fine qui barrait son sourcil, l’éclat sauvage dans ses yeux sombres. À cet instant, l’autorité d’Élise vacilla. Elle n’était plus la fiscaliste de Londres, elle était une femme prisonnière d’un prédateur qui ne comprenait pas la logique des chiffres.

    — Tu crois que tout s’achète, dit-il, sa voix vibrant contre sa tempe. Tu crois que tu peux transformer ce sang en colonnes de profits. Mais tu as peur. Je le sens sous mes doigts. Ton cœur bat comme celui d’un oiseau qu’on va égorger.

    Il approcha ses lèvres de son oreille, effleurant le lobe de sa peau brûlante.

    — Bienvenue à Marseille, Élise. Ici, on n’audite pas les cadavres. On les crée.

    Il la lâcha brusquement. L’absence soudaine de contact créa un vide insupportable. Élise resta immobile, l’odeur de Viktor collée à son cachemire comme une souillure. Elle lissa son manteau d’un geste machinal, cherchant à reprendre le contrôle de sa propre physiologie. Les lieutenants, hébétés, reculèrent. Viktor se tourna vers eux, son regard redevenant celui d’un chef de meute.

    — Sortez. Tous. J’ai besoin de discuter des modalités de notre… collaboration avec la nouvelle patronne.

    Ils obéirent, fuyant la tension électrique qui régnait entre les deux figures centrales. Quand ils furent seuls, le grésillement du projecteur sembla s’intensifier.

    — Pourquoi l’as-tu laissé mourir, Viktor ? demanda-t-elle sans se retourner. Tu étais son bras droit.

    Viktor alluma une cigarette d’un geste sec. La lueur de la flamme éclaira un instant son visage tourmenté.

    — Ton père était devenu sentimental, Élise. Il voulait blanchir l’empire pour te le léguer propre. Le problème, c’est que la saleté, c’est ce qui tient les fondations de cette ville. On ne nettoie pas Marseille. On choisit sa nuance de gris.

    — Et quelle est la tienne ?

    Il aspira une longue bouffée, ses yeux ne quittant pas la silhouette rigide de la jeune femme.

    — La mienne est noire comme le fond de la mer, petite. Et c’est là que je vais t’emmener si tu restes ici. Tu crois que tes chiffres te protègent ? Ils ne sont que du papier. Ici, le seul contrat qui vaille, c’est la chair.

    Il s’approcha à nouveau, son ombre dévorant la sienne sur le sol maculé. Élise sentait l’iode se mêler à la fumée. Ses propres sens la trahissaient ; elle se sentait attirée par cette obscurité qui brisait la monotonie de sa vie de calculs.

    — Tu es un passif, Viktor, dit-elle d’une voix qui trembla imperceptiblement. Une charge que je devrais liquider.

    — Alors fais-le, murmura-t-il contre son cou. Liquide-moi. Ou laisse-moi te montrer comment on brûle les livres de comptes.

    Elle se dégagea, se retournant pour lui faire face, les yeux étincelants d’une fureur froide.

    — Mon père est mort parce qu’il n’a pas su anticiper le risque. Je ne ferai pas la même erreur. Tu travailleras pour moi, Viktor. Tu seras mon exécuteur, l’outil que j’utiliserai pour purger ce clan. Et si tu tentes de me briser, je t’assurerai une chute si profonde que même l’enfer te semblera être un paradis fiscal.

    Viktor sourit, un sourire carnassier. Il aimait ce qu’il voyait : la glace qui commençait à se fissurer sous la pression.

    — C’est un marché audacieux. Mais tu oublies une clause, Élise. Dans cette ville, on ne possède rien qu’on ne soit prêt à défendre par le sang. Et le sang, c’est chaud, Élise. Bien plus chaud que tes comptes en banque.

    Il baissa les yeux vers le corps de son père, puis revint vers elle.

    — On commence par quoi ? L’inventaire ou le nettoyage ?

    Élise reprit sa tablette, ses doigts retrouvant leur agilité de pianiste.

    — On commence par le port. Je veux voir les manifestes de cargaison. Chaque centime doit être tracé. Chaque trahison doit être quantifiée.

    Elle s’éloigna vers la sortie, sa démarche de nouveau impériale, ignorant la flaque de sang qu’elle venait de contourner. Mais alors qu’elle atteignait la porte, la voix de Viktor la rattrapa :

    — Tu peux compter tout ce que tu veux, Élise. Mais à la fin, ce ne sont pas les chiffres qui resteront. Ce sera l’odeur de la mer et le goût de la peur.

    Elle ne répondit pas. Elle sortit dans la nuit marseillaise, le mistral l’accueillant avec une morsure glaciale. Son cœur ralentit enfin pour se caler sur la cadence monotone des processeurs. Mais dans le reflet des vitres de la berline, elle crut apercevoir, l’espace d’une seconde, une lueur de sauvagerie dans son propre regard, un éclat qui ne lui appartenait pas encore.

    Le bilan d’ouverture était clos. La restructuration pouvait commencer. Et dans cet audit de l’ombre, le prix de la survie serait bien plus élevé que tout ce qu’elle avait jamais osé calculer. Elle monta dans la voiture, la portière se refermant avec un bruit sourd, définitif, comme le couvercle d’un coffre-fort renfermant un secret trop lourd pour être porté seule.

    Derrière elle, dans le hangar, Viktor resta à contempler le cadavre. Il sortit un couteau de sa poche, jouant avec la lame sous la lumière crue.

    — Elle a ton ambition, Jean-Pierre, murmura-t-il. Mais elle a ma soif. Elle ne le sait pas encore, mais elle est déjà à moi. Parce qu’on ne nettoie pas le sang avec de l’argent. On le boit.

    Il éteignit le projecteur d’un coup de pied, plongeant la scène dans une obscurité totale. Le voyage ne faisait que commencer, et sur cette mer de bitume, il n’y avait pas de phares, seulement des incendies. Élise, dans le silence de sa voiture blindée, commença à taper son premier rapport d’exécution. Ses doigts ne tremblaient plus. Mais l’odeur de Viktor imprégnait encore ses vêtements, un rappel viscéral que dans ce nouveau monde, la logique n’était qu’une mince couche de vernis sur un abîme de désirs inavouables.

    Avis d’un expert en Dark Romance ⭐⭐⭐⭐⭐

    Dividende de Sang se distingue par un contraste saisissant : la collision brutale entre la précision clinique du monde de la haute finance et la fange viscérale du crime organisé. L’écriture est nerveuse, cinématographique, et excelle dans l’usage des métaphores liées à l’univers comptable (« passifs toxiques », « liquidation judiciaire », « variable »), ce qui donne à la narration une identité stylistique unique. La tension sexuelle et psychologique entre Élise et Viktor est menée avec une habileté rare, transformant chaque échange en un duel tactique de haut vol. Le cadre marseillais ne sert pas de simple décor, mais devient un protagoniste à part entière, organique et oppressant. C’est un récit sombre, addictif, qui interroge avec brio la porosité entre le pouvoir financier et la loi de la rue.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour accentuer l’immersion, développez davantage les flashbacks sur l’adolescence partagée entre les deux protagonistes ; ce passé commun est le terreau fertile qui justifie l’ambivalence de leur relation actuelle.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour accentuer l’immersion, développez davantage les flashbacks sur l’adolescence partagée entre les deux protagonistes ; ce passé commun est le terreau fertile qui justifie l’ambivalence de leur relation actuelle.

    Questions fréquentes

    Quel est le genre littéraire de cette œuvre ?
    Il s’agit d’un thriller noir mêlant le milieu des affaires (audit, finance) au monde criminel marseillais.
    Qui sont les deux protagonistes principaux ?
    Élise, une fiscaliste glaciale et rigoureuse, et Viktor, un homme de terrain brut, violent et imprévisible.
    Quel est le moteur de l’intrigue ?
    L’assassinat du père d’Élise, Jean-Pierre de la Roche, qui force cette dernière à reprendre le contrôle d’un empire criminel en pleine restructuration.
    Quelle est la dynamique relationnelle entre Élise et Viktor ?
    Une tension constante entre la logique froide du chiffre et la sauvagerie instinctuelle de la violence, oscillant entre affrontement et fascination.
    L’ambiance est-elle réaliste ?
    Le récit privilégie une atmosphère sensorielle forte (odeurs, températures, contrastes visuels) pour ancrer ce duel psychologique dans la réalité des docks marseillais.

1 avis pour Dividende de Sang

  1. ebooks (gestionnaire de boutique)

    Dividende de Sang se distingue par un contraste saisissant : la collision brutale entre la précision clinique du monde de la haute finance et la fange viscérale du crime organisé. L’écriture est nerveuse, cinématographique, et excelle dans l’usage des métaphores liées à l’univers comptable (« passifs toxiques », « liquidation judiciaire », « variable »), ce qui donne à la narration une identité stylistique unique. La tension sexuelle et psychologique entre Élise et Viktor est menée avec une habileté rare, transformant chaque échange en un duel tactique de haut vol. Le cadre marseillais ne sert pas de simple décor, mais devient un protagoniste à part entière, organique et oppressant. C’est un récit sombre, addictif, qui interroge avec brio la porosité entre le pouvoir financier et la loi de la rue.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour accentuer l’immersion, développez davantage les flashbacks sur l’adolescence partagée entre les deux protagonistes ; ce passé commun est le terreau fertile qui justifie l’ambivalence de leur relation actuelle.

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