Description
Sommaire
- Les Fils Pendus
- La Voix de Gravier
- La Première Découpe
- L’Oeil de Verre
- Le Marbre Mou
- La Loi du Croc
- L’Adhésif Noir
- Le Courant Ascendant
- Le Poids du Traître
- Le Banquet des Ombres
- L’Incision Sèche
- La Cage Thoracique
Résumé
Salvatore pose la tasse sur le marbre. La porcelaine claque contre la pierre. L’espresso est noir comme du pétrole. Le liquide brûle sa gorge. Il ne grimace pas. Ses nerfs sont morts. L’arrière-salle de L’Eclisse pue le goudron froid. L’odeur imprègne les rideaux de velours. Elle colle à la peau. Salvatore porte un complet gris. Le tissu est trop large. Il a perdu dix kilos en six mois. Ses articulations saillent sous la peau fine. Ses mains sont calleuses. Il fixe le mur en face de lui.
Le téléphone mural est une carcasse de bakélite. L’appareil est fixé à hauteur d’homme. Salvatore regarde les fils. Ils pendent lamentablement. Le cuivre est à nu. Les gaines plastiques sont déchiquetées. Salvatore a utilisé une pince coupante. C’était trois jours après l’enterrement. Il se souvient du bruit du métal sur le métal. Il se souvient de l’étincelle. Le téléphone est mort. La ligne est coupée. Le silence devrait régner dans la pièce.
Le silence pèse comme du plomb. Il écrase les épaules de Salvatore. L’air est immobile. La poussière danse dans un rayon de lumière sale. Salvatore frotte ses paumes contre ses cuisses. Le tissu du pantalon crisse. Ses doigts sont blancs. Il regarde ses ongles. Ils sont coupés ras. Il se souvient de l’oreiller. Le poids des plumes. La résistance du visage de Lorenzo. Lorenzo avait de la force pour un vieillard. Ses mains griffaient les draps. Salvatore avait appuyé de tout son poids. Il n’avait rien ressenti. Juste la pression des muscles. Puis le relâchement final.
Six mois ont passé. La terre est meuble sur la tombe de Lorenzo. Salvatore gère le clan. Les affaires tournent au ralenti. Le club social sent le tabac froid. Il sent aussi le formol. L’odeur vient de la cuisine. Elle remonte par les conduits d’aération. Salvatore prend une cigarette dans son étui. Il l’allume avec un briquet Zippo. La flamme est jaune. La fumée monte vers le plafond. Elle stagne dans l’air lourd.
Le téléphone sonne.
Le son est strident. Il déchire la pièce. Salvatore ne bouge pas. La cigarette brûle entre ses doigts. La sonnerie est mécanique. C’est le bruit des vieux appareils à cadran. Salvatore regarde les fils coupés. Ils ne bougent pas. Le cuivre brille sous l’ampoule nue. La sonnerie reprend. Un cycle régulier. Salvatore compte les secondes. Un. Deux. Trois. Il pose la cigarette dans le cendrier. La fumée dessine des spirales.
Il se lève. Ses genoux craquent. Le bruit est net dans la pièce vide. Il marche vers le téléphone. Ses chaussures de cuir claquent sur le carrelage. Le carrelage est vieux. Les rainures sont sombres. Salvatore s’arrête devant l’appareil. La sonnerie s’arrête. Le silence revient. Il est plus lourd qu’avant. Salvatore tend la main. Ses doigts effleurent le combiné. Le plastique est froid. Il est couvert d’une fine couche de graisse.
Le téléphone sonne à nouveau. La vibration remonte dans le bras de Salvatore. Il décroche. Il porte le combiné à son oreille. Il n’y a pas de friture. Il n’y a pas de souffle électrique. Il y a un bruit de terre. Un frottement sourd. Comme des ongles sur du bois. Puis la voix arrive. C’est une voix de gravier. Une voix de gorge encombrée par l’humidité.
« Salvatore. »
Le nom sort du combiné comme un crachat. Salvatore ne répond pas. Sa mâchoire est contractée. Ses dents grincent.
« J’ai faim, Salvatore. »
La voix est celle de Lorenzo. Salvatore reconnaît le timbre. Il reconnaît l’inflexion. C’est la voix de l’homme qu’il a étouffé. C’est la voix du cadavre sous deux mètres de terre.
« La dîme, Salvatore. Apporte la viande. »
Le combiné devient brûlant. Salvatore le lâche. L’appareil se balance au bout de son fil sectionné. Il cogne contre le mur. Le bruit est sourd. Salvatore recule. Il heurte la table. La tasse d’espresso se renverse. Le liquide noir s’étale sur le marbre. Il coule vers le bord. Il tombe sur le carrelage goutte après goutte.
Salvatore regarde ses mains. Elles tremblent. Il les serre en poings. Il respire fort par le nez. L’odeur de formol est plus forte maintenant. Elle pique les narines. Elle vient de la chambre froide du restaurant. Salvatore sait ce qu’il doit faire. Lorenzo réclame son dû. La viande crue.
Il sort de l’arrière-salle. Le club est désert. Les tables de jeu sont couvertes de housses grises. Les chaises sont retournées. Salvatore traverse la pièce. Il pousse la porte battante de la cuisine. La lumière est crue. Les néons clignotent. Non. Pas de néons. L’ampoule nue vacille. Salvatore marche vers la chambre froide. La porte est en acier brossé. Elle est lourde. Il tire sur la poignée. Le joint en caoutchouc résiste. Puis il cède avec un bruit de succion.
Le froid sort de la pièce. C’est un froid sec. Il saisit le visage de Salvatore. À l’intérieur, des crocs de boucher pendent du plafond. Ils sont vides. Salvatore regarde les murs. Le carrelage blanc est propre. Trop propre. Il y a une rigole au centre du sol. Elle sert à évacuer le sang. Salvatore imagine le liquide rouge. Il imagine la viande pendue aux crocs.
Il doit collecter. Il doit purger. Les traîtres sont nombreux. Les alliés sont rares. Salvatore pense à Gianni Rizzo. Le Boucher. Gianni a un œil de verre. Il ne regarde jamais en face. Gianni doute. Salvatore le sent. Il sent l’odeur du doute comme il sent l’odeur du goudron. Le doute est une infection. Il faut couper le membre infecté.
Salvatore retourne dans l’arrière-salle. Le téléphone ne sonne plus. Le combiné pend toujours. Salvatore s’approche. Il saisit les fils coupés. Le cuivre lui pique la paume. Il ramasse le combiné. Il le remet sur son socle. Le geste est précis. Clinique. Salvatore ramasse sa cigarette. Elle s’est éteinte. Il la jette dans le cendrier.
Il regarde le marbre taché de café. La tache ressemble à une carte. Une carte de territoires perdus. Salvatore prend un chiffon. Il essuie le liquide. Il frotte jusqu’à ce que la pierre brille. Ses mouvements sont mécaniques. Il est une machine. Il est l’exécuteur d’un mort.
Le téléphone vibre à nouveau. Pas sur le mur. Pas dans la pièce. La vibration vient de son propre torse. Salvatore plaque sa main sur son complet. Sous le tissu, sous la chemise, sous la peau. Entre les côtes. Le rythme est régulier. C’est une sonnerie interne. Elle résonne dans ses poumons. Elle fait vibrer son diaphragme.
Salvatore ferme les yeux. Il voit le visage de Lorenzo. Les yeux injectés de sang. La bouche ouverte pour chercher l’air. L’oreiller qui écrase tout. Salvatore n’a pas pris la place du père. Il est devenu l’outil du père. Un hachoir dans la main d’un fantôme.
Il quitte L’Eclisse. La rue est sombre. La pluie commence à tomber. Les gouttes sont lourdes. Elles s’écrasent sur le trottoir. Salvatore monte dans sa voiture. Le moteur tourne. Il passe la première. Il lâche l’embrayage. La voiture avance dans la nuit. Il a une liste de noms dans la tête. Chaque nom est un morceau de viande. Chaque nom est une vertèbre à compter.
La collecte commence. Salvatore conduit. Ses mains ne tremblent plus sur le volant. Elles sont fermes. Elles sont prêtes à serrer. Elles sont prêtes à couper. Le téléphone dans sa poitrine continue de vibrer. Il ne répondra pas. Il agira. La viande sera livrée. La chambre froide sera pleine. Lorenzo sera satisfait.
Salvatore tourne au coin de la rue. Les phares découpent l’obscurité. Il cherche Gianni. Le premier morceau de la dîme. Le premier sacrifice pour le silence. Le marbre de la table du conseil attend. Il deviendra spongieux. Il boira le sang. Salvatore appuie sur l’accélérateur. Le moteur gronde. C’est le seul bruit dans la nuit de la ville. Un bruit de prédateur en marche. Un bruit de fils pendus qui cherchent à se reconnecter.
Avis d’un expert en Mafia ⭐⭐⭐⭐⭐
« Compte Tes Vertèbres » est une plongée viscérale dans les méandres de la psyché criminelle. L’auteur maîtrise l’art de l’ambiance avec une précision chirurgicale : chaque odeur de formol, chaque craquement de genou et chaque sonnerie mécanique contribue à bâtir une tension oppressante. Le style, sec et incisif, reflète parfaitement l’état émotionnel de Salvatore, un homme vidé de sa substance, réduit à l’état de pantin obsédé par une culpabilité qui dépasse la réalité physique. La bascule entre le polar de mafia classique et le fantastique psychologique est opérée avec une fluidité remarquable, transformant le récit en un cauchemar éveillé. La symbolique du corps — les articulations, les vertèbres, la viande — renforce le sentiment d’un personnage qui s’effrite sous le poids de ses actes. Une œuvre brutale, sensorielle et profondément marquante.
Note : 17/20
Conseil : Pour accentuer l’impact de ce texte, travaillez davantage les transitions oniriques entre les moments de réalité froide et les hallucinations auditives de Salvatore, afin de brouiller encore plus la frontière pour le lecteur entre la folie du personnage et le surnaturel.
Note : 17/20
Conseil : Pour accentuer l’impact de ce texte, travaillez davantage les transitions oniriques entre les moments de réalité froide et les hallucinations auditives de Salvatore, afin de brouiller encore plus la frontière pour le lecteur entre la folie du personnage et le surnaturel.
Questions fréquentes
- Quel est le genre littéraire de ‘Compte Tes Vertèbres’ ?
- Il s’agit d’un polar noir imprégné d’éléments fantastiques et horrifiques, explorant la culpabilité et la psychologie criminelle.
- Quelle est la thématique centrale du récit ?
- Le récit traite de l’aliénation, du poids des morts sur les vivants et de la perte d’identité au sein d’une organisation criminelle.
- Le récit est-il adapté à un public sensible ?
- Non, l’œuvre contient des descriptions viscérales et une atmosphère pesante qui peuvent heurter les lecteurs les plus sensibles.
- Qui est Salvatore, le protagoniste ?
- Salvatore est un héritier criminel traumatisé, hanté par le meurtre de son mentor, Lorenzo, dont il subit désormais l’emprise psychique.
- Qu’est-ce que la ‘dîme’ mentionnée par Lorenzo ?
- C’est une métaphore macabre désignant les sacrifices humains que Salvatore doit accomplir pour satisfaire le fantôme de son prédécesseur.








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