Description
Sommaire
- Vitesse et Pixel
- L’Ombre du Vieux-Port
- Le Drop de Trop
- Algorithme de la Peur
- Live Fatal
- Bad Buzz Sanglant
- Le Contrat
- Déconnecté
- L’impasse de l’Estaque
- Le Code de Judas
- Froid de l’Acier
- Le Jugement du Père
- Ghost Mode
- Nuit sur la Corniche
- L’Appât Numérique
- Fusillade en Haute Définition
- Le Sacrifice de Sante
- Cancel Culture
- Dernier Upload
- Data Morta
Résumé
Le soleil de Marseille n’éclaire pas, il percute. C’est un marteau-piqueur de lumière qui cogne sur le tableau de bord. Dans l’habitacle, l’air conditionné crache un froid chirurgical, mais Enzo sent la goutte de sueur qui trace son chemin, lente et traîtresse, entre ses omoplates. Sur le support magnétique, le verre et le métal du téléphone lui brûlent la paume. L’écran affiche 14 200 spectateurs. Le compteur de likes explose en une pluie de cœurs rouges.
Vroum.
Il rétrograde. Les palettes claquent sous ses doigts comme des os qui se brisent. Le V10 hurle derrière son crâne, une plainte mécanique qui déchire le silence de la Corniche Kennedy. À droite, la Méditerranée est un miroir d’étain fondu. À gauche, les villas du XIXe siècle ricanent derrière leurs remparts de calcaire. Elles ont vu passer la French Connection ; elles voient maintenant passer un gamin de vingt-deux ans avec une montre au poignet qui vaut le prix d’un studio à la Joliette.
— « On est là ou on est pas là ? » lâche Enzo en fixant l’objectif. Sa voix est un mélange de morgue marseillaise et de pauses étudiées. « Les jaloux vont dire que c’est de la loc. On loue rien ici, la famille. On achète. En cash. »
Il jette un œil sur le retour vidéo du second smartphone. C’est le flux du drone. L’ombre technologique survole les flots, invisible dans l’éclat du soleil. La caméra thermique affiche une silhouette froide : un yacht de trente mètres ancré au large du Frioul. Dans la soute du drone, suspendue par un câble électromagnétique, deux kilos de « neige » bolivienne, scellés sous vide et frottés à l’huile de moteur pour tromper les naseaux des douaniers.
C’est le « charbon » 2.0. Le vrai métier. Celui que Don Sante, son père, gère depuis une arrière-boutique de Mazargues, loin des ondes Wi-Fi. Le Vieux ne touche jamais d’argent physique. Il utilise des « nourrices », des vieilles dames précaires de l’Estaque, pour stocker les armes et les briques.
— « Checkez ça, la zone, » dit Enzo à sa caméra. « Logistique 4.0. Pas besoin de camions. Juste du code et de l’altitude. »
Il active le largage. Sur le flux, le paquet noir se détache. Chute libre. Le micro-parachute s’ouvre. Un marin en t-shirt blanc attrape l’objet avec une gaffe. Ni vu, ni connu. Son compte crypto vibre : +15 000 USDT.
— « Mission accomplie. Pas un bruit, pas une vague, » fanfaronne Enzo.
Mais le silence, le vrai, arrive maintenant.
Une Peugeot 5008 banalisée déboîte derrière lui. Allure trop stable. Trop collée au pare-chocs. Enzo le sent dans ses tripes. L’instinct du milieu.
— « Bon l’équipe, on coupe. La BAC veut un autographe, » lance-t-il.
Il appuie sur « End Live ». L’écran devient noir. La déconnexion est brutale. Sans les likes, Enzo n’est plus qu’un gamin terrifié dans une voiture qui se voit à dix kilomètres. Une Audi noire aux vitres teintées surgit, double la police et se porte à sa hauteur.
— « C’est un prank, » murmure Enzo, les mains crispées sur le cuir perforé. « C’est Papa qui me teste. Obligé. »
La vitre arrière de l’Audi descend. Un éclat d’acier.
Gomme contre goudron. Un hurlement. L’Estaque se réveille dans l’odeur de caoutchouc brûlé. Enzo écrase l’accélérateur. Le V10 se réveille avec la fureur d’un animal blessé. Derrière lui, les détonations sont sèches. Clac-clac-clac.
Le verre de son rétroviseur explose en mille diamants. Un impact sourd résonne dans la carrosserie. Un trou de 9mm vient de transformer le carbone en passoire. Il saisit son vieux Nokia sécurisé.
— « Papa ? »
— « Le job, tu l’as fait devant dix mille personnes, espèce d’abruti, » siffle Don Sante à l’autre bout. « Les Versini ont vu ton live. Ils veulent ta tête pour l’exemple. »
— « C’est un montage, Papa ! Ils peuvent rien prouver ! »
— « La preuve, ils s’en foutent. Regarde derrière toi. »
Don Sante raccroche. Le silence du Vieux est une porte qui se ferme. Enzo pile. La Lamborghini s’arrête dans une zone portuaire déserte. L’Audi bloque sa retraite. Un homme descend, sans masque. On n’assassine pas un Moretti dans l’ombre, on l’exécute en plein jour pour restaurer l’omertà.
L’homme toque à la vitre avec le canon de son arme. Le son est clair, matériel, définitif.
— « Alors minot, » dit-il d’une voix douce. « On fait moins le malin sans la 5G ? »
Enzo plaque sa main sur la console. Un bouton discret, acheté sur le Darknet. Il appuie. Un système de brouillage militaire sature l’air. Les téléphones meurent. Les caméras se figent. Dans ce black-out, Enzo redevient un prédateur. Il balance la marche arrière. Le choc est sourd. L’acier utilitaire de l’Audi plie sous le choc.
Il s’enfuit, abandonnant le luxe pour la poussière. Quelques kilomètres plus loin, il change de monture. Adieu la Lamborghini. Il grimpe dans une Clio 2 « merguez », gris métal, qui pue le tabac froid. Une voiture invisible.
Il arrive à Niolon. Le cabanon de Don Sante est accroché à la falaise. Odeur de thym, de romarin et de sardines grillées. Le Vieux est assis sur la terrasse, de dos.
— « Assieds-toi, » dit Don Sante.
Le ton est plat. Le prix du silence. Sante prend une sardine, en détache la chair avec une précision chirurgicale.
— « Tu as voulu que chaque crevard s’assoie à notre table, Enzo. »
— « J’ai rapporté de la moula, Papa ! On n’est plus en 1990 ! »
— « L’argent, c’est du papier. On survit parce qu’on n’existe pas. Toi, tu existes trop. Les Vescovali veulent ton sang. Et ils ont raison. »
Sante se lève. L’horizon est sombre.
— « Tu dois mourir, Enzo. Officiellement. On va brûler ta voiture avec un corps à l’intérieur. Ce sera ta dernière vidéo. Un adieu tragique. »
— « Et si je refuse ? »
— « Alors je devrai te tuer moi-même, ici. Et ce ne sera pas filmé. »
Enzo descend dans la cave. Il y trouve un sac : un Beretta, des liasses de billets enserrées dans des élastiques secs, et un vieux Nokia vert. Il s’engouffre dans un tunnel de service débouchant sur les docks.
Kader l’attend près d’un entrepôt de Mourepiane.
— « On se fait démonter, Enzo, » dit Kader, le visage éclairé par son écran. « Les Vescovali ont ton IP. La Clio est tracée. »
Un point rouge apparaît sur le front d’Enzo. Un claquement sec. Kader s’effondre, son sang s’étalant sur le goudron dans une odeur de cuivre. Enzo plonge derrière un container. Il rampe dans une minoterie désaffectée, les genoux en sang.
Une voix s’élève dans l’ombre de la nef. Calme. Rocailleuse.
— « Ton téléphone est encore allumé dans ta poche, Enzo. On voit la lumière bleue à travers le tissu. »
C’est sa balise. Son propre narcissisme est son bourreau. Il sort l’appareil. 2% de batterie. Un dernier commentaire défile : *« Fake life, bro. »*
Don Sante entre dans l’entrepôt au volant de sa Maserati. Les projecteurs inondent la scène d’une blancheur aveuglante. Il descend, écrase l’iPhone sous son talon massif. Le verre craque. Le silence revient.
— « La vidéo a été supprimée des serveurs, » dit le Don. « Mais l’omertà est brisée. On ne recolle pas un miroir. »
— « Alors… on rentre à la maison ? » bafouille Enzo.
Don Sante remonte dans sa voiture sans un regard pour son fils.
— « Il n’y a plus de maison pour toi. »
Le Don part. De l’ombre, des silhouettes émergent avec des pelles et des sacs de chaux. L’algorithme a rendu son verdict. Contenu supprimé. Le ping est à zéro. La partie est finie.
Avis d’un expert en Mafia ⭐⭐⭐⭐⭐
« L’Algorithme du Sang » est une immersion fulgurante dans le banditisme 2.0. L’auteur réussit un tour de force stylistique : confronter la rugosité intemporelle du milieu marseillais à la volatilité glaciale du monde numérique. Le rythme est effréné, soutenu par une plume qui claque autant que les palettes d’une boîte de vitesse Lamborghini. La transition entre le narcissisme des réseaux sociaux et la brutalité des règlements de comptes est traitée avec une justesse glaçante. Enzo n’est pas seulement un personnage, il est le symptôme d’une génération sacrifiée sur l’autel de la visibilité à tout prix. Une lecture addictive qui interroge notre propre rapport à l’image et au secret. C’est un polar nerveux, sombre, qui réinvente les codes du genre avec une modernité rare.
Note : 17/20
Conseil : Pour savourer pleinement cette œuvre, plongez-vous dedans en une seule session nocturne ; l’atmosphère poisseuse et les enjeux technologiques demandent une immersion totale pour ressentir pleinement le sentiment de traque numérique.
Note : 17/20
Conseil : Pour savourer pleinement cette œuvre, plongez-vous dedans en une seule session nocturne ; l’atmosphère poisseuse et les enjeux technologiques demandent une immersion totale pour ressentir pleinement le sentiment de traque numérique.
Questions fréquentes
- Quel est le cœur du conflit entre Enzo et son père ?
- Le conflit oppose deux visions de la criminalité : Don Sante incarne l’omertà traditionnelle et la discrétion absolue, tandis qu’Enzo, accro à la visibilité et aux réseaux sociaux, expose leurs activités illégales, mettant tout le clan en péril.
- Quel rôle joue la technologie dans ce récit ?
- La technologie est une arme à double tranchant : elle sert d’outil logistique moderne pour le trafic (drones, crypto, brouilleurs), mais elle constitue également le talon d’Achille d’Enzo, transformant sa vie en un contenu traçable et exposé.
- Pourquoi le titre ‘L’Algorithme du Sang’ est-il évocateur ?
- Il suggère que dans ce monde, la survie ne dépend plus seulement de la loyauté, mais de la gestion de sa propre ‘donnée’. C’est une métaphore de la loi du milieu moderne : celui qui ne maîtrise pas son empreinte numérique est voué à être supprimé.
- Le livre est-il ancré dans un lieu réel ?
- Oui, l’intrigue est fortement imprégnée de l’identité marseillaise, utilisant des lieux emblématiques comme la Corniche Kennedy, le Frioul et l’Estaque pour ancrer ce thriller technologique dans un réalisme brut.
- À quel type de lecteur ce livre s’adresse-t-il ?
- Il est idéal pour les amateurs de polars noirs contemporains, de séries comme ‘Braquo’ ou ‘Gomorra’, et tous ceux qui s’intéressent aux dérives de la société ultra-connectée.






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