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La Liste des Choses Jamais Faites

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Cela sentait la fin de règne. Un relent de lys gâtés et de cire fraîche sur des meubles désormais inutiles. Dans le salon, les couronnes mortuaires s’affaissaient sous leur propre poids, leurs rubans de satin noir traînant sur le parquet comme des langues assoupies. Marthe observait le désastre avec une froideur chirurgicale. Pour elle, le deuil n’était pas une noyade. C’était un inventaire.

Elle…

Description

Sommaire

  • Le Poids des Fleurs Mortes
  • Chantage au Carburant
  • L’Autoroute du Silence
  • Berlin : Le Fantôme de Kreuzberg
  • Néon et Poussière
  • La Première Fissure
  • L’Art de l’Esquive
  • Le Col du Sommeil
  • L’Inventaire des Mensonges
  • Venise : La Cité Qui Coule
  • Eaux Troubles
  • Le Naufrage Volontaire
  • La Route vers l’Est
  • Sarajevo : L’Archive Interdite
  • Le Pardon est une Option
  • La Transmission Inversée
  • La Géographie du Regret
  • Marseille : Le Sel de la Vie
  • Le Dernier Autodafé
  • Un Nouveau Commencement

    Résumé

    Cela sentait la fin de règne. Un relent de lys gâtés et de cire fraîche sur des meubles désormais inutiles. Dans le salon, les couronnes mortuaires s’affaissaient sous leur propre poids, leurs rubans de satin noir traînant sur le parquet comme des langues assoupies. Marthe observait le désastre avec une froideur chirurgicale. Pour elle, le deuil n’était pas une noyade. C’était un inventaire.

    Elle se tenait dans le bureau de Gabriel, une pièce qu’elle avait régie pendant quarante ans avec la raideur d’un papier glacé. Gabriel était mort à son image : avec une politesse exquise. Il s’était éteint entre le fromage et le dessert, sans déranger le service, laissant derrière lui une veuve impeccable et une réputation d’homme de loi sans tache. Mais depuis trois heures, le silence de la maison lui hurlait une vérité qu’elle ne parvenait plus à étouffer.

    Marthe s’approcha du grand buffet en chêne. Ses doigts, fins et noueux comme des racines de buis, effleurèrent les dossiers qu’elle avait elle-même classés. En tant qu’ancienne archiviste judiciaire, elle savait que le Diable se loge dans les interstices. Elle chercha la faille, ce léger décalage millimétré. Derrière la rangée des codes civils, le fond du meuble sonna creux. Un frisson de curiosité prédatrice remonta le long de sa colonne vertébrale.

    D’un geste sec, elle fit pivoter une latte. Un carnet apparut. Ce n’était pas un objet noble ; c’était un petit cahier à spirales, à la couverture bleue délavée, le genre de chose qu’on achète dans une gare. Pour Marthe, ce carnet exhalait un parfum de trahison plus fort que celui des fleurs mortes du salon.

    Elle l’ouvrit.

    L’écriture de Gabriel, d’ordinaire si solennelle, s’y bousculait en pattes de mouche fiévreuses. Ce n’était pas un journal intime. C’était une nomenclature. Une énumération de désirs non advenus, de destinations interdites, de clubs berlinois et de coordonnées géographiques pointant vers des impasses vénitiennes.

    *« Danser jusqu’à l’aube au Berghain sans regarder l’heure. »*
    *« Boire un rakija avec les fantômes du tunnel de Sarajevo. »*
    *« Brûler les archives de 1984. »*

    Marthe sentit ses tempes battre. Quarante-cinq ans de vie commune venaient de se fragmenter. Elle n’était pas la metteuse en scène d’une vie réussie ; elle était la gardienne d’une prison dont le détenu s’était évadé en pensée chaque soir, pendant qu’elle lui servait son bouillon.

    Un bruit de frottement l’interrompit. Un son sourd de caoutchouc sur le vernis.

    Elle marqua un temps d’arrêt avant de se retourner. Dans le reflet de la vitrine, elle vit la silhouette qui s’était glissée dans l’embrasure. Léo. Son petit-fils. Dix-huit ans. Un dessin au fusain. Sa capuche rabattue ne laissait voir qu’une mâchoire contractée. Ses écouteurs crachotaient une basse mécanique.

    Léo ne l’avait pas vue. Il se dirigeait vers le secrétaire, là où Marthe avait déposé l’enveloppe contenant les dons pour la recherche — des liasses de billets glissées par des proches embarrassés. Elle vit l’hésitation dans ses épaules, puis la rapidité avec laquelle sa main s’empara de l’argent. Un vol maladroit.

    — On ne va nulle part avec des billets volés, Léo. On ne fait que rallonger sa propre fuite.

    La voix de Marthe tomba comme un couperet. Le garçon sursauta. L’enveloppe s’éventra sur le tapis. Les billets de cinquante euros s’éparpillèrent comme des feuilles mortes. Léo resta pétrifié. Il ne chercha pas à nier. Son mutisme était son armure.

    — Tu voulais partir où ? demanda Marthe. Berlin ? Londres ?

    Léo releva enfin la tête. Ses yeux étaient rouges d’une fatigue trop lourde.

    — Ça change quoi ? cracha-t-il. Grand-père est mort. La maison est morte. Vous êtes morte. Je veux juste plus respirer cette odeur de vieux.

    Marthe s’avança vers lui, le carnet bleu serré contre sa poitrine. Pas de colère. Juste une clarté. Froide. Coupante. Elle regarda l’argent au sol, puis ce garçon qui était le seul héritier du désarroi de Gabriel.

    — Ton grand-père était un lâche, Léo. Il a passé sa vie à construire une façade de marbre pendant que son cœur pourrissait dans des rêves de néon. Il a écrit ce qu’il voulait faire. Il n’a jamais eu le courage de poser un pied dehors.

    Elle tendit le carnet à Léo. Le garçon le prit, ses doigts effleurant la couverture bon marché.

    — Berlin, murmura-t-il. Sarajevo. Marseille. C’est quoi ces points GPS ?

    — Les étapes de son évasion manquée. Et aujourd’hui, je n’ai aucune envie de rester ici à regarder les lys faner.

    Elle écarta les rideaux de velours. La rue était grise. Elle se retourna vers son petit-fils, ses yeux d’archiviste brillant d’une lueur de défi.

    — Voici le marché, Léo. Tu as besoin d’argent. J’ai besoin de quelqu’un pour conduire la Volvo de ton grand-père. Mes jambes ne sont plus ce qu’elles étaient, mais mon compte en banque est solide.

    Léo la regarda comme s’il découvrait une langue étrangère.

    — Vous voulez… qu’on parte ? Ensemble ?

    — Nous allons suivre cette liste. Point par point. De Berlin à Marseille. En échange, tu conduis, tu te tais, et tu m’aides à brûler ce qui doit l’être. Ou alors, j’appelle tes parents. Tu seras en centre de redressement avant que les fleurs de ce salon n’aient fini de pourrir.

    Le silence fut dense. Léo regardait alternativement l’enveloppe et la vieille femme droite comme un i. Il vit dans son regard une complice inattendue, une archiviste du chaos prête à saboter son propre musée.

    — Vous êtes sérieuse ?

    — Je n’ai jamais été aussi sérieuse. Quarante-cinq ans de sérieux m’ont menée à ce salon qui sent la mort. Il est temps de tester l’imprudence.

    Léo ramassa les billets un à un. Il les rangea dans sa poche comme une avance sur salaire. Il remit sa capuche, mais laissa ses écouteurs pendre.

    — La Volvo est dans le garage, finit-il par dire. Le réservoir est plein.

    Marthe esquissa un sourire qui ressemblait à une cicatrice.

    — Prépare un sac. Le strict minimum. Nous partons à l’aube. Je ne veux plus voir le soleil se lever sur cette ville.

    Elle sortit de la pièce. En marchant dans le couloir, elle ne vit plus les cadres photos. Elle voyait des lignes de fuite et la promesse d’une confrontation avec l’homme qu’elle avait aimé sans jamais le rencontrer. Elle monta l’escalier. Chaque marche grinçait, un son de délivrance. Dans sa chambre, elle écarta les tailleurs gris pour chercher ses vêtements de jardinage, robustes et anonymes.

    Pour la première fois depuis des décennies, Marthe ne pensait pas au lendemain avec l’angoisse du désordre, mais avec l’appétit féroce du vandale. Elle s’assit sur son lit et déplia une carte. Elle posa son index sur Berlin.

    — On commence par là, Gabriel. On va voir si tes rêves tiennent la route.

    Dans le garage, le moteur de la Volvo s’ébroua. Un râle de vieux lion réveillé en sursaut. Le pacte était scellé. Le voyage ne serait pas un pèlerinage, mais une exhumation. Marthe, l’archiviste, était prête à salir ses gants blancs. Le chapitre de la stabilité était clos. Le livre du désordre venait de s’ouvrir, et les premières pages sentaient déjà l’essence et la liberté.

    Avis d’un expert en Bestseller ⭐⭐⭐⭐⭐

    « La Liste des Choses Jamais Faites » s’impose comme une œuvre d’une rare densité psychologique. L’auteur excelle dans l’art de dépeindre le basculement : celui d’une vie ordonnée qui sombre dans le chaos nécessaire. La plume est chirurgicale, presque clinique au début, pour mieux se débrider au rythme des kilomètres parcourus par la Volvo, créant un miroir parfait entre l’état émotionnel des personnages et leur environnement. La dynamique entre Marthe, figure austère en quête de vérité, et Léo, incarnation du désarroi juvénile, offre un contraste saisissant qui évite les clichés du genre. Le récit ne se contente pas d’être un road-trip, il devient une véritable exhumation des non-dits conjugaux. Le rythme est maîtrisé, alternant entre la pesanteur des souvenirs et la fulgurance du présent. C’est une réflexion profonde sur la liberté tardive et le courage de déconstruire son passé. Une lecture poignante qui résonne longtemps après la dernière page. Note : 17/20. Conseil : Pour amplifier l’immersion, accompagnez cette lecture d’une playlist électro-minimaliste pour saisir l’esprit des clubs berlinois évoqués dans l’œuvre.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour amplifier l’immersion, accompagnez cette lecture d’une playlist électro-minimaliste pour saisir l’esprit des clubs berlinois évoqués dans l’œuvre.

    Questions fréquentes

    Quel est le genre littéraire de cet ouvrage ?
    Il s’agit d’un récit psychologique teinté de road-trip, mêlant le drame familial à une quête existentielle aux accents de polar mélancolique.
    Qui sont les deux protagonistes principaux ?
    Marthe, une veuve rigide et ancienne archiviste, et Léo, son petit-fils de dix-huit ans, en rébellion contre l’étouffement familial.
    Quel est le rôle du carnet bleu dans l’intrigue ?
    Le carnet est le catalyseur du récit : il contient les désirs inavoués et les rêves d’évasion du défunt mari de Marthe, devenant la carte de route du voyage.
    Le livre est-il une simple histoire de voyage ?
    Non, c’est une exploration du deuil et de la transmission. Le voyage est surtout une manière pour Marthe d’affronter le mystère de l’homme qu’elle a épousé sans jamais vraiment connaître.
    À quel type de lecteur ce livre s’adresse-t-il ?
    Aux lecteurs amateurs de récits introspectifs, de personnages complexes en pleine transformation et d’atmosphères urbaines marquées par la mélancolie.

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