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218 MILLIONS SOUS LE BITUME

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3,00 

Le goudron de la Castellane n’était plus une route, c’était une fondue savoyarde au bitume. On aurait pu y faire tremper des morceaux de pain rassis si on n’avait pas eu peur de perdre ses dents et sa dignité. La canicule s’était abattue sur Marseille comme une daronne en colère avec une claquette à…

Description

Sommaire

  • La Pépite dans la Merguez
  • Radio La Castellane
  • Le Bal des Sangsues
  • L’Offre qu’on ne peut pas Refuser
  • TikTok sur le Bitume
  • Le Syndrome du Papier Gras
  • L’Interrogatoire de la Mama
  • Panne de Courant et Sueurs Froides
  • Le Repentir de Lee
  • L’Opération Pizza
  • La Course-Poursuite en T-Max
  • Le Sanctuaire du Lavomatic
  • Le Pacte des Minots
  • Assaut à Saint-Charles
  • Terminus, Tout le Monde Descend

    Résumé

    Le goudron de la Castellane n’était plus une route, c’était une fondue savoyarde au bitume. On aurait pu y faire tremper des morceaux de pain rassis si on n’avait pas eu peur de perdre ses dents et sa dignité. La canicule s’était abattue sur Marseille comme une daronne en colère avec une claquette à la main : violente, inévitable, et ça chauffait les oreilles.

    Momo était là, debout devant le comptoir en Formica du Tabac-Presse de Lee, une relique des années 80 qui avait survécu à trois braquages et à l’invention de la cigarette électronique. Momo ne respirait plus. Ses poumons s’étaient mis en grève, bloqués par une information que son cerveau refusait de traiter. Dans sa main droite, un bout de papier thermique de la Française des Jeux. Dans sa main gauche, une barquette de frites-merguez huileuse qui coulait doucement sur ses chaussures à trois bandes.

    Le ticket était gras. Une trace de sauce algérienne barrait le code-barres comme une balafre de pirate.

    — Momo… dit Lee dans un souffle qui sentait le café froid et le désespoir électrique. Momo, dis-moi que je rêve. Dis-moi que j’ai une insolation et que je vois des zéros comme les types dans le désert voient des oasis.

    Lee, le gérant, était un homme dont la nervosité habituelle était déjà légendaire. On racontait dans le quartier qu’il arrivait à faire trembler une tasse de café sans la toucher. Mais là, Lee était passé à un autre niveau. Il était devenu une centrale nucléaire en plein craquage. Ses yeux, d’ordinaire plissés par quarante ans de lecture de petits caractères sur les paquets de clopes, étaient ouverts comme des soucoupes.

    — C’est… c’est les bons ? balbutia Momo.

    Sa voix ressemblait au cri d’un raton-laveur qu’on vient de réveiller en sursaut.

    — Si c’est les bons ? hurla presque Lee avant de se reprendre et de se plaquer une main moite sur la bouche. Momo, tu n’as pas juste les bons numéros. Tu as braqué la banque du destin sans cagoule. Regarde l’écran. Regarde !

    Momo leva les yeux vers le petit terminal Loto. Le chiffre s’affichait avec une impudeur totale. Un 2, un 1, un 8. Et puis une armée de zéros qui défilaient comme une parade militaire en Corée du Nord.

    218 000 000 €.

    À cet instant précis, un ventilateur poussif, dont les pales semblaient taillées dans du carton mouillé, rendit l’âme dans un râle pathétique. Le silence qui suivit fut plus lourd que le budget de l’OM.

    — Deux cent dix-huit millions, murmura Momo. C’est… c’est combien de merguez, ça, Lee ?

    — C’est assez pour racheter l’Algérie, le Maroc, et garder de la monnaie pour prendre la Corse en option, gamin, répondit Lee en s’appuyant sur son comptoir qui craqua sous le poids de la nouvelle. Range ce truc. Range-le avant que l’encre ne s’évapore. Tu sais que c’est du papier thermique ? Si tu restes trop près du grill du snack, ton ticket devient plus noir que l’avenir d’un stagiaire à la mairie.

    Momo regarda son ticket avec une terreur soudaine. La sueur perlait sur son front, menaçant de transformer sa fortune en une tache d’humidité anonyme.

    — Lee, qu’est-ce que je fais ? Je peux pas sortir. Dehors, y a le soleil. Y a le goudron qui essaie d’avaler mes baskets. Y a… y a tout le monde, Lee !

    Soudain, la porte du tabac grinça. C’était « Le Grand Karim », un type dont le cou était plus large que la cuisse de Momo, et dont l’activité principale consistait à superviser la tranquillité du quartier depuis une chaise pliante en plastique. Momo sentit ses sphincters se contracter à une vitesse supersonique. Dans un réflexe de survie absurde, il fourra le ticket dans sa bouche.

    — Ça va, Momo ? demanda Karim en fronçant ses sourcils qui ressemblaient à deux chenilles en colère. Tu manges ton reçu ? C’est la nouvelle diète à la mode ?

    Momo fit un signe de tête désespéré, les joues gonflées par le papier thermique. Il ressemblait à un hamster qui venait de gagner à l’EuroMillions.

    — Il… il a une rage de dents ! improvisa Lee, sa voix montant d’une octave. Il mâche des clous de girofle. Très compacts.

    Une fois Karim ressorti dans la fournaise, Momo recracha le ticket. Il était intact, mais légèrement gondolé par la salive.

    — On peut pas rester là, trancha Lee. Le quartier a des oreilles, et ces oreilles ont des micros 4K. Tire-toi. Planque ce truc au frais.

    Momo s’engouffra dans son immeuble, grimpa les quatre étages d’un ascenseur en panne depuis le début du quinquennat de Jacques Chirac et s’enferma dans son studio de 15 mètres carrés. Il se précipita vers son petit frigo de marque obscure, ouvrit le compartiment freezer recouvert d’une couche de givre de trois centimètres, et y enterra le ticket dans un sac de congélation, entre une boîte de petits pois de 2022 et des bâtonnets de colin.

    C’est là que le siège commença.

    On frappa à la porte. Pas une frappe polie. Une frappe de « Grand ». Lourde. Rythmée. Dominante.

    — Momo ? C’est l’oncle Rachid. J’ai appris pour ton… problème de santé. Ouvre, mon neveu préféré. On est une famille, non ?

    Momo fixa la porte. Il savait que Rachid n’était que l’éclaireur. Derrière lui, il y avait Sifou, le patron du bâtiment, et Tata Zohra qui devait déjà être en train de commander une pièce montée.

    — Je suis pas là ! hurla Momo en saisissant une fourchette à dessert tordue, seule arme à sa disposition.

    — Tu es pas là ? Et c’est qui qui parle, le fantôme de tes ancêtres ? Ouvre, Momo. On veut juste discuter de ton avenir. Et de celui de ton cousin Kader. Il veut monter sa boîte de livraison de chameaux sur la plage des Catalans ! Il lui faut juste un petit investissement… genre, quatre millions. Une paille !

    — On ne cache pas une merguez à sa famille, Momo ! C’est haram ! renchérit la voix de Rachid.

    Momo comprit qu’il était cuit. Il ne pouvait pas rester ici 48 heures. Son studio était devenu un four, une souricière à 218 millions. Il enjamba le garde-corps de son balcon. Le vide l’accueillit avec une bouffée de chaleur qui lui fit l’effet d’un sèche-cheveux géant. Suspendu au-dessus du vide, il réalisa soudain qu’il avait oublié son chargeur de téléphone. Puis il se ravisa : dans 48 heures, il pourrait racheter Apple et embaucher Tim Cook pour lui tenir le câble.

    Il descendit en rappel le long des fenêtres, manquant de s’écraser sur le tas de cartons du snack « Le Sultan ». Une moto l’attendait au coin de la rue. Lee, en cuir de motard intégral, bouillant comme une cocotte-minute.

    — Monte, Momo ! La version numérique de La Provence sort dans dix minutes. T’es en photo avec ton bonnet de Noël sur Facebook ! On est plus des fugitifs, on est des Pokémon légendaires !

    Ils foncèrent vers le Vieux-Port, slalomant entre les T-Max de Bakary le guetteur qui commençait déjà à organiser une battue. L’air marin leur fouetta le visage, mais la menace était partout.

    — Là ! Le bateau ! hurla Momo.

    Ils sautèrent sur « L’Espadon », un vieux pointu qui sentait le gasoil et la fin de race. Un pêcheur au bob Ricard les regarda avec un mépris souverain.

    — 500 euros pour nous sortir du port, chef ! Maintenant !

    Le vieux cracha sa chique.
    — Pour 500 balles, je vous emmène même en enfer si le diable paye le pastis. Montez, les fadas.

    Alors que le bateau s’éloignait du quai, Momo vit Bakary et sa bande hurler des insultes depuis le bord. Les drones de BFM TV commençaient déjà à bourdonner au-dessus du fort Saint-Jean. La chaleur était devenue une chape lourde, annonçant l’orage de cupidité qui allait s’abattre sur Marseille.

    Momo regarda le vieux pêcheur.
    — Chef, vous avez de la glace ?

    — Pour le poisson ? Ouais, dans la glacière. Pourquoi ?

    Momo sortit le sac de congélation de son short et le glissa délicatement entre deux filets de maquereaux et une poignée de sardines. Il s’assit sur le banc en bois brûlant, le cœur battant à la chamade, tandis que le pointu s’enfonçait dans la rade.

    Il était l’homme le plus riche de France, assis sur une barque pourrie qui prenait l’eau, et son destin de 218 millions d’euros allait désormais sentir la sardine pour l’éternité.

    Avis d’un expert en Comédie ⭐⭐⭐⭐⭐

    « 218 Millions sous le bitume » est une véritable pépite de la littérature contemporaine urbaine. L’auteur réussit l’exploit de transformer un fait divers banal — gagner au Loto — en un thriller burlesque à cent à l’heure. La plume est acérée, gorgée de soleil et de mauvaise foi marseillaise, utilisant des métaphores d’une originalité jubilatoire (« une daronne en colère avec une claquette »). Au-delà de l’humour, le texte livre une critique sociale mordante sur le poids de la solidarité forcée dans les cités, où le gain individuel devient instantanément un problème collectif. Le rythme est soutenu, les dialogues claquent comme des portières de T-Max, et l’immersion est totale. C’est une œuvre qui ne se lit pas, elle se dévore, portée par une galerie de personnages secondaires savoureux et une atmosphère pesante qui renforce l’urgence de la situation. Une lecture indispensable pour quiconque cherche une satire sociale qui a du mordant et du cœur.

    Note : 18/20

    Conseil : Ne cherchez pas à disséquer la logique pure du scénario, laissez-vous porter par la gouaille marseillaise et l’énergie brute du texte ; c’est dans l’exagération que réside toute la puissance comique de cette épopée moderne.

    Note : 18/20

    Conseil : Ne cherchez pas à disséquer la logique pure du scénario, laissez-vous porter par la gouaille marseillaise et l’énergie brute du texte ; c’est dans l’exagération que réside toute la puissance comique de cette épopée moderne.

    Questions fréquentes

    Quel est le point de départ de l’histoire ?
    Momo, un habitant de la Castellane, découvre par hasard qu’il a gagné 218 millions d’euros à l’EuroMillions alors qu’il se trouve dans le tabac-presse de son ami Lee.
    Pourquoi le ticket de loto est-il en danger permanent ?
    Le ticket est imprimé sur du papier thermique très fragile, sensible à la chaleur et à l’humidité, ce qui oblige Momo à le protéger frénétiquement pour ne pas perdre sa fortune.
    Qui sont les antagonistes principaux de Momo ?
    La cupidité de son entourage (famille, voisins, connaissances du quartier) qui, ayant appris la nouvelle, tente de mettre la main sur son gain.
    Comment Momo tente-t-il de protéger son ticket au début ?
    Il le cache dans le compartiment freezer de son réfrigérateur, enfoui entre des petits pois congelés et des bâtonnets de colin.
    Quel est le ton général du récit ?
    Il s’agit d’une comédie satirique au rythme effréné, utilisant un argot imagé et une narration pleine d’autodérision sur le quotidien marseillais.

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