Description
Sommaire
- Bienvenue au Moyen Âge (le Wi-Fi en plus)
- La gravité ? Non, la densité, mon frère
- Le Mur de Glace : Jon Snow est fatigué
- Le niveau à bulle, l’arme de destruction massive
- NASA : Le meilleur studio de tournage depuis 1958
- Pourquoi Mars est ronde et nous on est une pizza ?
- L’Australie n’existe pas, ce sont des acteurs
- Le soleil, cette lampe de chevet de 50 watts
- Pac-Man et le secret des vols transatlantiques
- L’Université YouTube : Doctorat en 3 vidéos
- Le complot mondial : Mais pour quoi faire ?
- Le bord du monde : On organise une croisière ?
- Conclusion : Si la Terre est plate, on vous pousse ?
Résumé
Asseyez-vous, mettez votre ceinture de sécurité (même si vous pensez probablement que les lois de l’inertie sont une invention du lobby des kinésithérapeutes) et admirez le paysage. Nous y sommes. Regardez par la fenêtre de votre navigateur : c’est le futur. Enfin, c’est ce qu’on nous avait promis. Des voitures volantes, la fin des maladies, et peut-être une pilule pour que nos chats arrêtent de nous juger en silence. Au lieu de ça, on a hérité d’une version 2.0 du quatorzième siècle, avec la peste bubonique remplacée par des virus informatiques et les chasses aux sorcières diffusées en 4K sur Twitch.
Bienvenue dans l’ère du paradoxe terminal, l’époque où l’humanité a réussi l’exploit technique d’utiliser la technologie la plus complexe de l’histoire de l’univers pour prouver que ladite technologie n’existe pas. C’est fascinant. C’est comme si un type utilisait un défibrillateur pour essayer de démontrer que l’électricité est une opinion politique, ou si un plongeur sous-marin expliquait que l’eau est un hologramme projeté par Bill Gates tout en vérifiant son manomètre.
Prenons Kevin. Kevin est un « libre penseur ». Kevin a « fait ses propres recherches » (ce qui, en langage civilisé, signifie qu’il a regardé trois vidéos YouTube réalisées par des types qui portent des lunettes de soleil à l’intérieur et qui ont un papier peint qui se décolle). Kevin est actuellement assis sur ses toilettes — un trône de porcelaine relié à un système d’égouts sophistiqué qu’il ne comprend pas — et il tient dans sa main un smartphone.
Ce smartphone est, à lui seul, un miracle blasphématoire. C’est une plaque de verre, de métal et de terres rares, gravée à l’échelle atomique. Pour que Kevin puisse scroller, il a fallu que des générations de génies se torturent les méninges sur la mécanique quantique, la relativité générale et la science des matériaux. Ce petit rectangle noir communique avec des tours de relais via des ondes électromagnétiques, qui elles-mêmes envoient un signal à un objet en métal de la taille d’un bus, propulsé par une explosion contrôlée à 28 000 km-h dans le vide glacial de l’espace, maintenu en orbite par la courbure même de l’espace-temps.
Et que fait Kevin avec ce condensé de divinité technologique ? Il tweete.
Il tape, avec ses gros pouces encore gras de restes de chips : *« Les satellites n’existent pas. La Terre est plate. Réveillez-vous, les moutons. La NASA nous ment avec des images de synthèse. »*Puis, il appuie sur « Envoyer ».
Le tweet part. Il monte vers le satellite qu’il nie, redescend vers un serveur en Islande, et s’affiche sur l’écran de trois mille autres Kevin qui hurlent en chœur : « TELLEMENT VRAI ! ».C’est le sommet de l’évolution. Nous avons enfin atteint le point où notre cerveau est devenu si plat qu’il peut servir de niveau à bulle pour construire un mur autour de notre propre ignorance. On vit au Moyen Âge, mais avec une connexion fibre. On a gardé la superstition, la peur de l’invisible, le goût pour les lynchages publics et l’incapacité totale à comprendre comment le monde fonctionne, mais on a ajouté des emojis « feu » et des filtres de chiens sur nos visages de primates ébahis.
Pourquoi en sommes-nous là ? Parce que la science est devenue trop performante pour notre propre bien. Elle est devenue magique. Et le problème avec la magie, c’est qu’on finit par oublier qu’il y a un truc derrière. Pour l’homme médiéval, le tonnerre était la colère de Dieu. Pour l’homme moderne, le Wi-Fi est un droit constitutionnel qui tombe du ciel par l’opération du Saint-Esprit Siliconé. Comme on ne comprend plus le « comment », on se sent libre de contester le « quoi ».
Si vous aviez dit à un paysan de l’an 1200 que la Terre était ronde, il vous aurait probablement répondu : « Possible, mais mon seigle est en train de pourrir, alors je m’en balance un peu, messire ». Le paysan était ignorant par manque d’accès à l’information. Nous, nous sommes ignorants par excès de confiance dans notre capacité à trier l’information entre deux parties de Candy Crush.
Nous avons créé un monde où un ingénieur en aérospatiale a exactement le même poids médiatique qu’une influenceuse « lifestyle » qui pense que les nuages sont des émanations de produits chimiques destinés à rendre les grenouilles bisexuelles. C’est la démocratie de la bêtise. Et le plus drôle, le plus acide dans cette farce, c’est que toute cette architecture de la contestation repose sur les outils mêmes qu’ils contestent.
Imaginez l’absurdité de la situation : un type organise une conférence « Terre Plate » sur Google Meet. Il utilise le GPS de sa voiture pour se rendre à l’hôtel où se tient le rassemblement. Le GPS, cet outil qui calcule votre position en mesurant le décalage temporel entre des horloges atomiques embarquées dans des satellites, décalage causé par la relativité d’Einstein parce que la Terre est une sphère massive qui courbe le temps. Le type suit la flèche bleue sur son écran, arrive à destination, descend de sa voiture, monte sur l’estrade et dit : « Einstein s’est trompé, le GPS c’est juste des ondes radio sur une mer plate ».
À ce niveau-là, ce n’est même plus de l’obscurantisme, c’est de la performance artistique. C’est du Dadaïsme de haut vol.
Nous sommes des singes qui ont trouvé un flingue laser. Au lieu de s’en servir pour explorer la galaxie, on s’en sert pour se gratter les fesses et on s’étonne quand on se désintègre l’anus. On utilise la puissance de calcul d’un superordinateur de poche pour valider des théories qui datent d’avant l’invention de la fourchette.
Et le pire, c’est le ton. Ce ton de supériorité condescendante. L’adepte de la Terre plate ou le complotiste de la 5G vous regarde toujours avec ce petit sourire en coin, celui de celui qui « sait ». Il est l’élu. Il a percé le voile de la Maya. Il est Neo dans Matrix, sauf qu’au lieu de porter du cuir et de faire des galipettes, il porte un jogging taché de sauce samouraï et ne peut pas monter deux étages sans cracher un poumon. Il vous traite de « PNJ » (Personnage Non Joueur), d’automate sans âme, alors qu’il répète mot pour mot un script écrit par un algorithme conçu pour maximiser son temps de cerveau disponible afin de lui vendre des compléments alimentaires à base de poudre de perlimpinpin.
C’est le triomphe de l’instinct sur la méthode. Notre cerveau préhistorique adore les histoires simples. « La Terre est ronde et flotte dans un vide infini régi par des équations différentielles complexes » ? Trop chiant. Trop angoissant. « Un dôme de verre nous protège et les élites nous cachent la vérité parce qu’elles sont méchantes » ? Ah ! Ça, c’est du storytelling. Ça, c’est une structure narrative que notre cerveau de chasseur-cueilleur comprend. On a besoin d’un méchant, d’un secret et d’un sentiment d’appartenance à une tribu de « sachants ».
On a donc reconstitué des villages de villageois en colère, munis de torches numériques, prêts à brûler n’importe quel expert qui oserait suggérer que la réalité n’est pas une opinion. Le Wi-Fi a supprimé la distance physique, mais il a créé des abîmes intellectuels. On peut parler à quelqu’un à l’autre bout du monde en une milliseconde, mais on est incapable de s’entendre sur le fait que l’eau bouillante, ça brûle, si un post Facebook prétend que c’est une sensation tactile induite par le gouvernement.
Le résultat, c’est ce Moyen Âge technologique. Un monde où l’on peut commander un drone pour se faire livrer des sushis, mais où l’on doit débattre avec son oncle pour savoir si les vaccins contiennent des puces magnétiques pour nous coller des cuillères sur le bras. On a la puissance de Dieu, mais la sagesse d’un bulot sous Xanax.
Regardez-les, ces chevaliers de la platitude, ces inquisiteurs du pixel. Ils sont le futur de notre espèce. Une espèce qui a réussi l’improbable fusion entre l’âge de pierre et l’âge de silicium. Ils sont la preuve vivante que l’on peut avoir accès à toute la connaissance humaine dans sa poche et choisir, délibérément, de l’utiliser pour prouver que le soleil est une lampe LED fixée sur un plafond en carton-pâte.
Alors, souriez. La prochaine fois que vous verrez quelqu’un uploader une vidéo de 20 minutes pour expliquer que les photos de la Terre depuis l’espace sont des montages Photoshop, n’oubliez pas d’apprécier l’ironie. Appréciez le fait que son signal vidéo traverse des couches d’atmosphère qu’il croit inexistantes, via des protocoles de compression qu’il ne comprendrait pas s’ils lui tombaient sur le pied, pour finir dans le cloud — un endroit qui porte bien son nom, puisque c’est là que son cerveau est parti se perdre pour l’éternité.
Bienvenue au Moyen Âge. Prenez un siège, le spectacle est gratuit, la 5G capte super bien, et ne vous inquiétez pas pour l’horizon : il paraît que si vous marchez trop longtemps vers la droite, vous finirez par tomber dans le grand vide. Ou alors vous tomberez juste sur un autre Kevin, et ça, c’est beaucoup plus effrayant.
Avis d’un expert en Comédie ⭐⭐⭐⭐⭐
Ce texte est une brillante démonstration de rhétorique pamphlétaire. L’auteur manie l’antithèse avec une précision chirurgicale, opposant constamment la complexité technologique (satellites, relativité, fibre optique) à la pauvreté intellectuelle du déni (Terre plate, conspirationnisme). La force de cet écrit réside dans son rythme effréné et son vocabulaire imagé qui rend le concept d’obscurantisme moderne à la fois hilarant et profondément inquiétant. Il ne s’agit pas seulement d’une critique de la théorie de la Terre plate, mais d’une radiographie sociale de notre rapport à la vérité à l’ère numérique. Le texte réussit le tour de force de rendre accessible des concepts complexes de physique tout en ridiculisant le mécanisme psychologique du biais de confirmation. C’est une lecture salutaire pour quiconque souhaite comprendre le ‘pourquoi’ de la montée des pseudo-sciences. Note : 18/20. Conseil : Utilisez ce texte comme support de débat pour illustrer l’importance de la culture scientifique face à la désinformation, sans pour autant céder à la tentation de mépriser l’interlocuteur, au risque de renforcer ses convictions.
Note : 18/20
Conseil : Utilisez ce texte comme support de débat pour illustrer l’importance de la culture scientifique face à la désinformation, sans pour autant céder à la tentation de mépriser l’interlocuteur, au risque de renforcer ses convictions.
Questions fréquentes
- Ce texte est-il une attaque contre la technologie ?
- Absolument pas. Au contraire, il souligne la prouesse technologique pour mieux mettre en relief l’absurdité de ceux qui l’utilisent pour nier la réalité scientifique.
- Qui est le ‘Kevin’ mentionné dans le texte ?
- Kevin est une figure allégorique représentant le complotiste moderne, celui qui ‘fait ses propres recherches’ sur Internet tout en ignorant les bases fondamentales de la physique.
- Quel est le ton général de cette description ?
- Le ton est satirique, cynique et incisif. Il utilise l’humour noir et l’ironie pour disséquer les travers de l’ère de l’information.
- Le texte nie-t-il la liberté de pensée ?
- Il critique la confusion entre ‘opinion personnelle’ et ‘fait scientifique’ dans une société où l’accès illimité à l’information ne garantit pas la capacité de raisonnement.
- Quelle est la conclusion principale de l’auteur ?
- Que nous vivons un paradoxe où l’humanité, armée d’outils divins, choisit volontairement de retourner à l’obscurantisme par paresse intellectuelle et besoin d’appartenance tribale.









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