Avez-vous déjà croisé l’une de ces personnes qui vous explique, un jus de céleri activé à vingt-deux euros à la main, que l’argent ne fait pas le bonheur et que la possession est une prison ? Si cette situation vous donne des envies immédiates de sarcasme, alors préparez-vous à jubiler. Le livre Pleurer en Ferrari est quand même plus confortable est exactement l’antidote dont vous avez besoin contre l’hypocrisie décomplexée de notre époque.
L’ère fascinante du millionnaire pieds nus
Nous vivons une période singulière où le sommet du chic pour les ultra-riches n’est plus d’exhiber leurs millions, mais de feindre de s’en détacher avec une ferveur presque religieuse. C’est ce que l’auteur appelle brillamment le syndrome du millionnaire pieds nus. Prenez Soren, l’archétype hilarant et consternant décrit dans l’ouvrage. Soren vit dans une villa de quatre cents mètres carrés à Comporta, tellement épurée qu’elle ressemble à une salle d’attente de clinique psychiatrique hors de prix. Il vous parle de vide fertile, de lâcher-prise, le tout en portant un t-shirt en lin froissé qui a l’air de sortir d’une benne à ordures, mais qui coûte sans doute le prix de votre loyer.
Si vous aimez les satires sociales qui piquent là où ça fait mal et déconstruisent nos mythes modernes, je ne peux que vous recommander de découvrir la catégorie Comédie littéraire qui regorge de pépites de ce genre. Mais celle-ci tient particulièrement du chef-d’œuvre absolu de cynisme jubilatoire.
Le vide fertile à prix d’or : une arnaque spirituelle ?
Ce qui rend la lecture de Pleurer en Ferrari est quand même plus confortable si savoureuse, c’est la précision chirurgicale avec laquelle l’auteur décortique le budget pharaonique nécessaire pour avoir l’air de ne rien posséder. Car oui, l’indigence esthétique est devenue une industrie florissante. Cacher ses écrans plats géants derrière des tapisseries en chanvre bio, engager des coachs en respiration à des tarifs lunaires pour réapprendre à faire un truc inné, ou encore remplacer sa voiture de sport par un gros 4×4 vintage prétendument respectueux de la nature : tout cela demande une montagne de liquidités. Et surtout, cela requiert une logistique colossale, gérée par une armée de petites mains invisibles qui s’échinent pour que Monsieur puisse rester connecté à l’univers dans son salon impeccable.
L’illusion de la simplicité et le narcissisme de la privation
Une des parties les plus mordantes du texte s’attaque à ce que l’on appelle avec justesse le narcissisme de la privation. Vous savez, cette fierté déplacée de celui qui a coupé son smartphone pendant à peine quatre heures, et qui s’empresse de le rallumer pour annoncer au monde entier à quel point il s’est reconnecté à l’essentiel grâce à sa prétendue détox digitale. À travers ces pages hilarantes, l’auteur souligne à quel point il est facile de clamer que la richesse ne compte pas quand vos besoins quotidiens sont assurés par un fonds de placement luxembourgeois et une conciergerie de luxe ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
L’honnêteté brutale d’un propriétaire de bolide rutilant, assumant pleinement ses travers consuméristes et son ego mal placé, devient par contraste presque touchante d’humanité face au vernis moralisateur et toxique du faux gourou. C’est grinçant, c’est infiniment juste, et ça donne envie d’explorer davantage ce type de critique sociale humoristique en allant découvrir la catégorie Comédie qui sait si bien rire de nos propres contradictions.
Une plume acerbe qui fait un bien fou
Au-delà des éclats de rire garantis à chaque chapitre, cette œuvre se révèle être une brillante et impitoyable analyse sociologique. L’écriture est rythmée, piquante et redoutablement perspicace. Chaque paragraphe de Pleurer en Ferrari est quand même plus confortable nous venge allègrement de ces moments où l’on s’est senti jugé par des donneurs de leçons nantis. On en ressort avec une certitude libératrice : l’aliénation matérielle est peut-être une réalité affligeante, mais quitte à y être empêtré jusqu’au cou, autant le vivre avec des sièges chauffants, une climatisation bi-zone et un système audio surround.
Passez à la caisse (assumée)
En résumé, ce livre est un manuel de survie indispensable pour quiconque évolue dans un monde saturé de faux-semblants, de filtres sociaux et de spiritualité monétisée. N’attendez plus une seule seconde pour vous plonger dans ce portrait au vitriol de notre société élitiste et hypocrite. Oubliez la méditation transcendantale à prix d’or, laissez tomber le jus de brocoli aux larmes de licorne, et offrez-vous plutôt ce grand moment de franche rigolade.
Acheter le livre et assumer son matérialisme (avec le sourire) !


