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Même son ombre ment

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Regardez-le. Non, vraiment, prenez une seconde pour observer ce spécimen dans son habitat naturel : un stand de douze mètres carrés qui sent la levure industrielle et le désespoir vinaigré. Il porte une casquette verte trop petite pour son crâne, un tablier qui a vu plus de taches de sauce « oignon…

Description

Sommaire

  • Le CV de la NASA (alors qu’il travaille chez Subway)
  • L’amnésie sélective ou le Syndrome de Dory
  • Le GPS quantique : être à deux endroits à la fois
  • Tous ses ex sont des psychopathes (Spoiler : Non)
  • L’Inception du mytho : Le mensonge dans le mensonge
  • L’Oscar du meilleur rôle de malade imaginaire
  • La famille royale (version Wish)
  • Le détecteur de mensonges en PLS
  • Le syndrome de Sherlock : Pourquoi je suis devenue enquêtrice ?
  • Le flagrant délit : La sueur du coupable
  • Le gaslighting pour les nuls
  • Épilogue : Même son ombre a fini par démissionner

    Résumé

    Regardez-le. Non, vraiment, prenez une seconde pour observer ce spécimen dans son habitat naturel : un stand de douze mètres carrés qui sent la levure industrielle et le désespoir vinaigré. Il porte une casquette verte trop petite pour son crâne, un tablier qui a vu plus de taches de sauce « oignon doux » que de jours de repos, et il tient un couteau à dent avec la maladresse d’un manchot essayant de désamorcer une bombe thermonucléaire.

    Pourtant, si vous lui demandez ce qu’il fait là, il ne vous dira pas qu’il est payé au lance-pierre pour demander à des gens s’ils veulent « leur pain grillé ». Non. Dans sa tête, ce n’est pas un Subway. C’est une base avancée. Une planque de la NSA. Et lui ? Il n’est pas un « Artist Sandwich » — titre déjà passablement insultant pour l’histoire de l’art — il est un expert en propulsion balistique thermique détaché par Houston pour une mission de surveillance top-secrète sur le sol français.

    Le CV de ce type est une œuvre d’art. Pas une œuvre de Leonard de Vinci, non. C’est du Salvador Dalí sous acide, une distorsion temporelle où le principe de réalité est allé se pendre dans les toilettes du personnel.

    Sur le papier — un PDF qu’il garde précieusement sur son téléphone et qu’il n’hésite pas à brandir devant n’importe quelle fille croisée sur Tinder après deux verres — ses expériences professionnelles se lisent comme le générique d’un film de Christopher Nolan produit par le Pentagone. À la rubrique « Expériences », vous ne trouverez pas la mention « Stage de mise en rayon chez Intermarché ». C’est beaucoup trop vulgaire pour un homme de sa stature. À la place, il a noté : *« Consultant en logistique de flux tendus pour des unités de ravitaillement à haute fréquence. »* Traduction : il a rangé des packs de Cristaline en évitant de se coincer les doigts dans la palette.

    Mais le chef-d’œuvre, le diamant brut de son imposture, c’est sa période « NASA ».

    Écoutez bien, parce que c’est là que le génie de la mythomanie atteint des sommets stratosphériques. Quand il vous explique son passage à l’agence spatiale américaine, il ne sourille pas. Il baisse la voix, regarde nerveusement derrière lui comme si un agent du FBI allait surgir de derrière le présentateur de cookies, et il vous lâche : *« J’étais sur le projet Artemis, section thermodynamique des matériaux organiques. »*

    La thermodynamique des matériaux organiques. Mesdames et messieurs, c’est le nom qu’il donne au fait de régler le four à 200 degrés pour ne pas carboniser le jambon.

    C’est fascinant, vraiment. Il y a une forme de poésie dans sa capacité à transformer un incident pathétique en exploit héroïque. La semaine dernière, il s’est coupé le pouce en essayant de trancher un pain italien. N’importe quel humain normal aurait mis un pansement en jurant. Lui ? Il est arrivé le lendemain avec un bandage massif, expliquant avec un air grave qu’il avait été « exfiltré d’une zone de test après une défaillance de la membrane de confinement d’un prototype ». On parle d’un mec qui s’est blessé avec un couteau en plastique qui ne couperait pas du beurre mou, mais dans son récit, il est le survivant d’une explosion de laboratoire qui aurait pu raser la moitié du Texas.

    Ce qui est admirable, c’est la précision des détails. Le menteur amateur se contente de dire : « Je travaille à la NASA ». Le professionnel de la fraude, l’esthète du bobard, lui, vous parle des « protocoles de décompression » qu’il doit respecter quand il quitte son poste (il parle de la clim qui déconne dans le local poubelle). Il vous explique que s’il est au Subway aujourd’hui, c’est pour une question de « couverture ».

    « Tu comprends, le renseignement extérieur a besoin de visages banals. Personne ne soupçonne le mec qui dose les cornichons d’avoir les codes nucléaires de la base d’Edwards dans sa chaussure gauche. »

    On a envie de l’applaudir. On a envie de lui donner un Oscar, ou au moins un abonnement gratuit à une clinique psychiatrique de luxe. Parce que pendant qu’il vous raconte sa rencontre secrète avec Elon Musk pour discuter de la colonisation de Mars, ses mains — ces mains censées manipuler des technologies alien — sont en train de massacrer un malheureux panini.

    Regardez-le galérer. Il essaie de refermer le pain. C’est son combat quotidien. Le pain déborde. La sauce dégouline sur ses doigts. Il y a trop de salade, beaucoup trop de salade. C’est le chaos. C’est Verdun dans une baguette de trente centimètres. Il transpire. Son front perle de sueur sous la lumière crue des néons. On dirait un démineur face à un fil rouge et un fil bleu, sauf que là, le fil rouge, c’est une tranche de pepperoni récalcitrante. Et malgré l’évidence flagrante de son incompétence motrice, il relève la tête, vous fixe avec un regard d’acier de pilote de chasse et vous dit :
    — « C’est une structure complexe. La répartition des masses est essentielle pour l’aérodynamisme de la digestion. »

    Non mais quel culot ! Quel panache dans l’absurde !

    Le plus tragique — ou le plus drôle, selon votre degré de cynisme — c’est que son CV contient une section « Compétences linguistiques ». Il a écrit : *« Anglais technique (niveau opérationnel de vol), Russe (intermédiaire – interrogatoire), Japonais (notions de protocole diplomatique). »*
    En réalité, le mec a raté son TOEIC trois fois, sa seule maîtrise du russe vient des insultes qu’il entend sur Counter-Strike, et son japonais se limite à savoir dire « Arigato » quand il commande des sushis au coin de la rue. Mais il y croit. Il y croit tellement que si un vrai Russe entrait dans le restaurant et lui demandait l’heure, il serait capable de répondre par un signe de tête mystérieux en insinuant que « les communications sont brouillées par le Kremlin ».

    Le CV est devenu son armure. C’est son bouclier contre la médiocrité crasse de son existence. Parce qu’au fond, si on lui enlève la NASA, si on lui enlève ses missions secrètes pour le Mossad et ses diplômes fantômes du MIT, qu’est-ce qu’il reste ?

    Il reste un type de 28 ans, en surpoids léger, qui vit encore chez sa mère, dont le seul vrai talent est de savoir distinguer une olive noire d’une olive verte à une distance de trois mètres, et qui n’a pas été capable de passer son permis de conduire parce que « l’examinateur était un agent double à la solde des lobbies pétroliers ».

    C’est là que le titre du livre prend tout son sens : *Même son ombre ment*.
    Regardez son ombre portée sur le sol carrelé du Subway. On dirait qu’elle porte un smoking, qu’elle tient un Walther PPK et qu’elle s’apprête à sauter d’un avion sans parachute. Mais quand on lève les yeux, on ne voit qu’un mec qui vient de se renverser du vinaigre balsamique sur ses chaussures Lidl.

    Le plus terrifiant, c’est la phase de recrutement. Imaginez le manager du Subway — un type qui s’appelle probablement Kevin et qui a l’autorité d’une huître sous Lexomil — en train de lire ce CV. Kevin voit : « Expert en gestion de crises biologiques ».
    Il demande : « C’est quoi ça ? »
    Et notre héros, sans sourciller, répond : « J’ai géré le protocole de nettoyage après une fuite de gaz toxique dans un laboratoire de haute sécurité à Genève. »
    Kevin, impressionné : « Ah ouais ? On a eu une fuite de frigo la semaine dernière, t’es l’homme de la situation. »
    Et voilà comment on se retrouve avec un mythomane de classe mondiale responsable de la chaîne du froid des yaourts à boire.

    On est au début du massacre, les amis. Parce que ce genre de type ne s’arrête jamais. La mythomanie, c’est comme la construction d’une pyramide : si tu arrêtes de rajouter des blocs de conneries, tout l’édifice s’écroule sur ta gueule. Alors il continue. Il monte en grade dans son propre mensonge. Bientôt, il ne travaillera plus chez Subway. Il vous dira qu’il a été recruté par une agence spatiale privée pour entraîner des astronautes à la survie en milieu hostile. Et vous savez où il sera ?

    Il sera probablement vigile de nuit dans un parking souterrain à Châteauroux. Mais dans son rapport d’activité, il écrira qu’il assure la protection périmétrale d’un silo de missiles balistiques en attendant le signal de l’Invasion.

    En attendant, s’il vous plaît, ne lui demandez pas de supplément fromage. Ça demande une habilitation « Secret Défense » qu’il n’a pas encore reçue de la part de son superviseur à Langley. Ou alors, c’est juste qu’il ne sait pas comment ouvrir le paquet sans se péter une dent.

    Quel champion. Quel immense, magnifique et pathétique champion.

    Avis d’un expert en Comédie ⭐⭐⭐⭐⭐

    « Même son ombre ment » est une prouesse narrative qui parvient à transformer une pathologie souvent triste — la mythomanie — en un spectacle burlesque jubilatoire. La force du texte réside dans son écriture ciselée, presque cinématographique, qui confronte brutalement la grandeur épique du fantasme (la NASA, le Mossad, les codes nucléaires) à la trivialité du quotidien (le vinaigre balsamique, la casquette verte, le pain trop cuit).

    L’auteur excelle dans l’art de l’ironie, utilisant une plume acérée pour disséquer les mécanismes de l’imposture. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un menteur, c’est une étude sociologique sur l’armure du mensonge face à une existence perçue comme médiocre. Le rythme est soutenu, les répliques sont cinglantes, et l’empathie finit paradoxalement par poindre sous la critique. Un ouvrage aussi drôle que mélancolique qui ne laisse personne indifférent.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour optimiser l’impact de ce récit, l’auteur gagnerait à renforcer davantage la perspective du ‘Kevin’ (le manager), afin de créer un contraste de point de vue encore plus percutant entre l’imposteur et celui qui, par simple pragmatisme, finit par cautionner le mensonge.

    Note : 17/20

    Conseil : Pour optimiser l’impact de ce récit, l’auteur gagnerait à renforcer davantage la perspective du ‘Kevin’ (le manager), afin de créer un contraste de point de vue encore plus percutant entre l’imposteur et celui qui, par simple pragmatisme, finit par cautionner le mensonge.

    Questions fréquentes

    Quel est le sujet principal de ce livre ?
    Le livre dresse le portrait tragi-comique d’un mythomane compulsif qui transforme son quotidien banal de serveur chez Subway en une série d’aventures dignes d’un agent secret de la NASA.
    Le récit est-il basé sur une histoire vraie ?
    Le texte adopte un ton satirique et caricatural. Bien que la pathologie de la mythomanie soit réelle, le récit est une fiction humoristique qui grossit le trait pour souligner le contraste entre l’ambition imaginaire et la réalité médiocre.
    Quel est le ton utilisé par l’auteur ?
    Le ton est cynique, incisif et particulièrement corrosif. L’auteur alterne entre moquerie cruelle et une forme de fascination presque admirative pour l’aplomb du personnage.
    À quel public s’adresse ce livre ?
    Ce livre s’adresse aux amateurs de satire sociale, d’humour noir et aux lecteurs qui apprécient les portraits psychologiques acérés sur les travers humains.
    Quelle est la morale de cette histoire ?
    Au-delà du rire, le texte interroge sur le besoin humain de se créer une identité fictive pour échapper à une réalité jugée trop étroite ou décevante.

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