Pourquoi vous devriez arrêter de lire ce que vous n’aimez pas : le secret des grands lecteurs

Pourquoi vous devriez arrêter de lire ce que vous n’aimez pas : le secret des grands lecteurs

Avez-vous déjà ressenti cette culpabilité écrasante face à un livre laissé à moitié lu sur votre table de chevet ? Vous savez, ce roman encensé par la critique ou cet ouvrage de développement personnel recommandé par un ami, qui vous ennuie pourtant à mourir. Vous repoussez le moment de l’ouvrir, votre rythme de lecture ralentit drastiquement, et peu à peu, vous ne lisez plus du tout. Si cette situation vous semble familière, il est temps de découvrir une vérité libératrice : pourquoi vous devriez arrêter de lire ce que vous n’aimez pas.

Dans notre société, abandonner est souvent perçu comme un échec. Pourtant, dans le domaine de la littérature, c’est tout l’inverse. Abandonner un mauvais livre n’est pas une faiblesse, c’est une stratégie. C’est même le secret des grands lecteurs pour dévorer des dizaines, voire des centaines de livres par an. Découvrons ensemble comment briser le mythe de l’achèvement et redonner un nouveau souffle à votre vie de lecteur.

Le mythe de l’achèvement : pourquoi s’oblige-t-on à finir un livre ?

Avant d’apprendre à abandonner, il est crucial de comprendre pourquoi nous nous accrochons si désespérément à des lectures qui ne nous apportent aucune joie.

Le biais des coûts irrécupérables en lecture

En psychologie, le biais des coûts irrécupérables désigne notre tendance à continuer d’investir du temps ou de l’argent dans un projet simplement parce que nous avons déjà commencé. Appliqué à la lecture, cela donne : « J’ai déjà lu 150 pages, je ne peux pas abandonner maintenant, sinon j’aurai perdu tout ce temps. » C’est un piège cognitif. En réalité, en vous forçant à lire les 200 pages restantes d’un ouvrage qui vous déplaît, vous ne sauvez pas votre temps passé : vous gaspillez votre temps futur.

Le lourd conditionnement du système scolaire

Depuis notre plus jeune âge, l’école nous enseigne que la lecture est un devoir. On nous attribue des livres obligatoires qu’il faut terminer pour réussir un examen ou rédiger une fiche de lecture. Ce conditionnement crée une croyance limitante tenace : ne pas finir un livre serait une offense à l’auteur ou un signe de paresse intellectuelle. Or, la lecture pour le plaisir (ou pour l’apprentissage personnel) obéit à des règles diamétralement opposées à celles de l’école.

Les conséquences désastreuses de la « mauvaise » lecture

S’obstiner à terminer un livre rébarbatif a des impacts profonds sur votre habitude de lecture globale. Loin de faire de vous un lecteur assidu, cela risque de vous éloigner des livres.

La redoutable panne de lecture (Reading Slump)

C’est le symptôme numéro un du lecteur qui se force. Quand ouvrir votre livre devient une corvée, votre cerveau associe la lecture à une émotion négative. Au lieu de lire avant de dormir, vous préférez scroller sur votre téléphone ou regarder une série. C’est ainsi que naît la panne de lecture. Arrêter de lire ce que vous n’aimez pas est le remède le plus rapide et le plus efficace pour retrouver immédiatement l’envie de lire.

Les mathématiques impitoyables de la lecture

Faisons un calcul simple. Admettons que vous lisez un livre par semaine (ce qui est déjà un excellent rythme). Cela représente environ 50 livres par an. Si vous avez encore 40 années de lecture devant vous, cela signifie que vous ne lirez que 2 000 livres dans toute votre vie. Sachant que des millions de livres fascinants existent, avez-vous vraiment envie de gaspiller l’un de ces 2 000 précieux emplacements pour un livre qui vous ennuie ? La vie est tout simplement trop courte pour s’infliger de mauvais livres.

Le secret des grands lecteurs pour lire plus (et mieux)

Si vous observez les habitudes des personnalités qui lisent énormément (comme Bill Gates, Naval Ravikant ou les grands critiques littéraires), vous remarquerez un point commun : ils abandonnent des livres sans aucun scrupule. Dans la communauté littéraire anglophone, on appelle cela le DNF (Did Not Finish).

L’art de l’abandon stratégique

Les grands lecteurs ne considèrent pas un livre comme un contrat sacré, mais comme une opportunité. Si les premières pages ne tiennent pas leurs promesses, ils passent au suivant. Ce tri impitoyable leur permet de maintenir un niveau d’enthousiasme extrêmement élevé. Le secret des grands lecteurs réside dans leur capacité à protéger leur attention et leur énergie pour des œuvres qui les transforment, les éduquent ou les passionnent réellement.

La fameuse « Règle des 50 pages »

Comment savoir quand abandonner ? La bibliothécaire et auteure américaine Nancy Pearl a popularisé la règle des 50 pages. Le principe est simple : lisez les 50 premières pages d’un livre. Si à la page 50, vous n’êtes pas captivé, reposez-le. Nancy Pearl ajoute une nuance intéressante liée à l’âge : si vous avez plus de 50 ans, soustrayez votre âge à 100. Par exemple, si vous avez 60 ans, vous ne devez donner que 40 pages à un livre pour vous convaincre (100 – 60 = 40). Plus votre temps est précieux, moins vous devez être patient avec un mauvais livre.

Comment abandonner un livre sans culpabiliser ? : 4 astuces pratiques

Intellectualiser le concept est une chose, passer à l’acte en est une autre. Voici comment vous défaire de la culpabilité et embrasser la philosophie du DNF.

  • Dites « Ce n’est pas le bon moment » : Parfois, un livre n’est pas mauvais, il ne correspond simplement pas à votre état d’esprit actuel. Rangez-le en vous disant que vous le reprendrez peut-être dans quelques années. Ce n’est pas un adieu, c’est un « à plus tard ».
  • Pratiquez la lecture en diagonale (Skimming) : Si vous lisez un essai ou un livre de non-fiction et que seul un concept vous intéresse, allez directement à la table des matières, lisez le chapitre concerné, et considérez le livre comme « terminé ». Un livre n’a pas besoin d’être lu de la page 1 à la page 300 pour vous être utile.
  • Faites don du livre : Ce livre ne vous plaît pas, mais il pourrait faire le bonheur de quelqu’un d’autre. Offrez-le à un proche, déposez-le dans une boîte à livres ou donnez-le à une association. Ce geste positif annulera votre sentiment de culpabilité.
  • Ayez toujours une PAL (Pile à Lire) excitante : Il est beaucoup plus facile de fermer un livre ennuyeux quand on sait que trois livres extraordinaires nous attendent. Gardez toujours une liste d’ouvrages qui vous font vraiment envie à portée de main.

Optimisez vos choix : apprenez à mieux sélectionner vos livres

Pour avoir à abandonner moins souvent, le meilleur moyen reste d’affiner vos critères de sélection. Ne vous fiez pas aveuglément aux listes des best-sellers ou aux prix littéraires si ces genres ne vous correspondent pas. Connaissez vos goûts. Téléchargez des extraits gratuits sur votre liseuse ou passez du temps en librairie pour lire le premier chapitre avant d’acheter.

N’ayez pas honte de vos préférences littéraires. Que vous aimiez les romans de science-fiction, la romance, les biographies historiques ou les bandes dessinées, la meilleure lecture est celle qui vous donne envie de tourner la page suivante.

Conclusion : Libérez votre vie de lecteur

Il est temps de changer de paradigme. Arrêter de lire ce que vous n’aimez pas est l’acte d’amour le plus fort que vous puissiez faire envers la littérature et envers vous-même. En vous débarrassant du poids des lectures obligatoires que vous vous imposez, vous ferez de la place pour des histoires qui vous feront vibrer, pleurer, rire et grandir.

Le véritable secret des grands lecteurs ne réside pas dans leur vitesse de lecture ou leur intelligence supérieure, mais dans leur liberté. La liberté de fermer un livre à la page 40. La liberté de reprendre le contrôle de leur temps libre. Alors ce soir, regardez ce livre qui traîne sur votre table de chevet depuis trois semaines. S’il ne vous inspire rien de bon, fermez-le, rangez-le, et ouvrez enfin un livre que vous aimerez passionnément.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *