Description
Sommaire
- Darwin à l’envers : L’évolution vers le primate pixelisé
- Le Camouflage : Masquer son compte en banque vide
- Le Syndrome de Jimmy Fallon : L’enthousiasme pris en otage
- Frais de ‘Gas’ : L’essence la plus chère pour une voiture qui ne roule pas
- La ‘Utility’ : Le pass VIP pour les égouts
- Le ‘Right Click Save’ : Le braquage du siècle en un clic
- HODL : L’art de couler avec le Titanic en chantant
- Le Hack : Mon singe est parti en vacances en Corée du Nord
- Le Floor Price : La cave n’a pas de fin
- Expliquer son investissement à sa grand-mère
- Le Merchandising : Porter son échec sur son t-shirt
- Le futur : Du Web3 au RSA
Résumé
Regardez bien votre colonne vertébrale. Ce tas d’ossements douloureux, sculpté par des millions d’années de sélection naturelle pour vous maintenir debout, est en train de rendre l’âme. Pourquoi ? Pour que vous puissiez vous pencher à quarante-cinq degrés au-dessus d’un écran OLED afin d’admirer la seule preuve tangible de votre supériorité intellectuelle : un dessin de singe dépressif qui porte une casquette de marin et qui vous a coûté le prix d’une maison de campagne dans le Limousin.
Félicitations. Charles Darwin ne s’est pas contenté de se retourner dans sa tombe ; il est en train de pédaler si vite dans son linceul qu’on pourrait alimenter tout le réseau Ethereum rien qu’avec son indignation.
L’évolution, ce long fleuve tranquille qui nous a fait passer du stade de bactérie visqueuse à celui de bâtisseur de cathédrales, vient officiellement de faire demi-tour. C’est l’involution. Le Grand Rebobinage. On a passé des éons à descendre de l’arbre, à apprendre à ne plus se gratter les aisselles en public et à inventer le concept de « dignité », tout ça pour finir par payer 200 000 dollars le droit de remonter virtuellement sur une branche. Mais attention, pas une vraie branche avec de la chlorophylle et des oiseaux. Non, une branche en pixels, sur une plateforme qui s’appelle probablement « JungleVerse » et qui consomme autant d’électricité que la Belgique.
Le concept de « Primate Pixelisé » est le chef-d’œuvre absolu du génie humain en fin de race. C’est le point de bascule où le cerveau n’est plus qu’une éponge à marketing saturée de termes comme « utilité », « roadmap » et « whitelist ».
Analysons froidement le spécimen. Dans la nature, un singe avec une casquette de marin est une anomalie biologique ou le résultat d’un abus de pouvoir d’un dresseur de cirque cruel. Dans le Web3, c’est un signe extérieur de richesse. On appelle ça le « flex ». Mais c’est un flex de pigeon en camouflage. Vous ne possédez pas le singe. Vous possédez un reçu numérique qui dit que, sur une base de données décentralisée, vous êtes officiellement le propriétaire d’une suite de chiffres pointant vers un JPEG que n’importe quel gamin de douze ans peut enregistrer d’un clic droit.
Mais vous, vous n’êtes pas n’importe qui. Vous êtes un « visionnaire ». Vous avez compris que l’avenir de l’art ne réside pas dans la main de Michel-Ange, mais dans un algorithme génératif qui assemble des chapeaux, des lunettes de soleil et des expressions faciales de proctologue blasé sur un canevas de 600 par 600 pixels.
Ce qui est fascinant dans cette « évolution à l’envers », c’est la sémantique. On ne dit plus « Je me suis fait arnaquer par un gamin de Singapour », on dit « J’ai investi dans un actif non fongible à fort potentiel de croissance ». Le pigeon ne roucoule plus, il « build ». Il est dans la « communauté ». Et quelle communauté ! Une bande de primates numériques qui se reconnaissent entre eux grâce à leur photo de profil, formant une tribu néo-tribale où le rite d’initiation consiste à brûler ses économies pour obtenir un certificat d’authenticité sur un dessin de macaque qui semble avoir été réalisé par un stagiaire sous acide.
Le singe à casquette de marin est l’idole de cette nouvelle religion du vide. Pourquoi un singe ? Parce que le subconscient ne ment jamais. Au fond de vous, vous savez que vous êtes revenu au stade de l’australopithèque. Mais un australopithèque avec la fibre optique. Vous payez des « gas fees » (frais de gaz) — un nom charmant pour désigner la taxe que vous versez à la divinité Blockchain pour avoir le privilège de déplacer votre argent d’une poche percée à une autre — juste pour pouvoir dire que vous faites partie du club.
Et quel club ! Le yacht-club des singes qui s’ennuient. L’ironie est si épaisse qu’on pourrait la couper au couteau. Vous achetez l’image de l’ennui pour des sommes qui rendraient un oligarque russe mal à l’aise, tout ça pour tromper votre propre ennui existentiel. C’est le serpent qui se mord la queue, mais le serpent est en 8-bit et il a une moustache en option.
Darwin pensait que la sélection naturelle éliminait les caractères les moins adaptés à la survie. Il n’avait pas prévu le capitalisme de la rareté artificielle. Dans ce nouveau monde, être « adapté », c’est être capable de convaincre un autre pigeon que votre singe à lunettes laser vaut 10 % de plus que ce que vous l’avez payé hier. C’est la survie du plus crédule. On ne chasse plus le mammouth pour nourrir la tribu ; on chasse le « Greater Fool » (le plus grand imbécile) pour lui refourguer notre sac de pixels avant que la bulle n’éclate.
Et quand la bulle éclate ? Quand le marché s’effondre et que votre singe de marin ne vaut plus que le prix d’un ticket de métro d’occasion ? C’est là que le camouflage du pigeon atteint sa perfection. Vous ne dites pas que vous avez tout perdu. Vous dites que vous êtes là « pour la technologie ». Bien sûr. On croit tous ça. Comme on achète *Playboy* pour les articles de fond.
Regardez ce singe. Regardez sa casquette. Il vous fixe avec ses yeux morts. Il sait. Il sait que vous avez échangé des milliers d’heures de votre vie réelle — du temps de cerveau disponible, du stress au bureau, des réunions interminables — contre une représentation graphique de ce que vous êtes devenu : un primate qui a réussi l’exploit de monétiser sa propre régression.
L’évolution nous avait dotés du langage pour que nous puissions débattre de philosophie, de politique et de science. Aujourd’hui, on l’utilise pour se demander si le « trait » des « yeux dorés » est plus rare que celui de la « fourrure de zombie ». On a inventé l’écriture pour consigner les lois et la poésie ; on l’utilise pour coder des « smart contracts » qui servent essentiellement à organiser des transferts de fonds entre des gens qui ont trop d’argent et des gens qui ont trop d’audace.
Nous sommes à l’apogée de l’histoire humaine. Le sommet de la pyramide. Derrière nous : la découverte du feu, l’invention de l’imprimerie, les premiers pas sur la Lune. Devant nous : un singe pixelisé avec une casquette de marin.
Il y a quelque chose de poétique dans cet échec. C’est la preuve que l’humanité est une espèce qui se lasse de tout, même de sa propre intelligence. On a fini de résoudre les problèmes de la réalité physique (enfin, on a décidé de les ignorer), alors on s’en crée de nouveaux dans la réalité virtuelle. Le problème ? « Comment prouver que ce dessin m’appartient ? ». La solution ? « Brûler une forêt primaire pour générer une preuve mathématique ». C’est brillant. C’est le niveau zéro de la survie, habillé en futurisme technologique.
Alors, cher pigeon, la prochaine fois que vous regarderez votre « investissement », n’oubliez pas d’ajuster votre propre casquette. Vous n’êtes pas un collectionneur d’art. Vous n’êtes pas un pionnier de la finance décentralisée. Vous êtes juste un singe qui a trouvé un moyen très coûteux de remonter dans son arbre tout en restant assis dans son canapé Ikea.
Et le pire dans tout ça ? C’est que le singe, lui, a l’air vraiment de s’ennuyer. Et il a raison. Parce qu’il a déjà votre argent, et qu’il n’a même pas besoin de bananes pour survivre. Il n’a besoin que de votre foi aveugle dans le fait que demain, un pigeon encore plus gros que vous voudra racheter sa casquette de marin.
Darwin ne s’est pas trompé sur l’évolution. Il a juste oublié de préciser que parfois, l’espèce choisit délibérément de redevenir un mollusque, pourvu que le mollusque soit certifié sur la blockchain. Fin du massacre ? Non. Ce n’est que le « mint » de départ. Bienvenue dans l’ère du Primate Pixelisé, où l’intelligence est la seule ressource qui ne soit pas « limited edition ».
Avis d’un expert en Comédie ⭐⭐⭐⭐⭐
Cette description est une pièce maîtresse de satire sociologique sur l’ère du Web3. L’auteur adopte un ton caustique, proche du pamphlet, pour disséquer l’absurdité du marché des NFT. La force du texte réside dans son usage brillant de l’ironie darwinienne pour souligner le décalage entre la promesse technologique et la réalité de la spéculation débridée. Structuré comme une plongée clinique dans la psychologie du ‘pigeon’, le récit évite le jargon indigeste pour privilégier une critique acerbe de la vacuité intellectuelle moderne. C’est un rappel nécessaire, quoique brutal, sur la manière dont la technologie peut être détournée pour valider des besoins primaires d’appartenance et de statut social.
Note : 18/20
Conseil : Pour transformer ce pamphlet en un outil marketing viral, il convient de le cibler précisément vers les communautés tech désabusées, en utilisant le second degré comme vecteur de fidélisation plutôt que comme simple attaque.
Note : 18/20
Conseil : Pour transformer ce pamphlet en un outil marketing viral, il convient de le cibler précisément vers les communautés tech désabusées, en utilisant le second degré comme vecteur de fidélisation plutôt que comme simple attaque.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que le ‘Floor Price’ dans ce contexte ?
- C’est le prix plancher, soit le montant minimum pour acquérir l’actif le moins cher d’une collection. L’auteur souligne ironiquement qu’il ne s’agit souvent que d’une descente vers le néant financier.
- Pourquoi parler de ‘pigeon’ à propos des investisseurs NFT ?
- Le terme désigne ici l’investisseur crédule qui achète un actif numérique surévalué dans l’espoir de le revendre plus cher, ignorant qu’il est le maillon final d’une chaîne spéculative.
- Quel est le rôle des ‘frais de gas’ ?
- Il s’agit des commissions versées aux validateurs du réseau blockchain pour valider une transaction. L’auteur les qualifie de taxe absurde sur une perte d’argent programmée.
- Le concept de propriété NFT est-il remis en cause ?
- Oui, l’auteur rappelle que posséder un NFT revient simplement à détenir un reçu numérique pointant vers un fichier image, et non les droits d’auteur ou l’exclusivité visuelle réelle.
- Quel est le message derrière le terme ‘involution’ ?
- L’involution décrit ici le processus inverse de l’évolution humaine : l’abandon de l’intelligence rationnelle et de la dignité au profit d’une aliénation numérique et d’un comportement grégaire primaire.






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